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Par David Bradley, Ph. D. (gestionnaire des programmes en Colombie-Britannique) et Pete Davidson (conseiller principal en conservation), Oiseaux Canada

 

Note : Les hyperliens fournis dans cet article mènent tous à des pages Web en anglais.

La Journée mondiale des courlis, célébrée le 21 avril, vise à sensibiliser les populations à la situation critique de ces oiseaux, qui ont une valeur culturelle inestimable. Les courlis ainsi que les barges et la Maubèche des champs font partie des Numeniini, une des tribus d’oiseaux de rivage les plus menacées. Malheureusement, en Amérique du Nord, nous avons déjà perdu une espèce de ce groupe, le Courlis esquimau. Pour marquer cette journée en 2020, Oiseaux Canada fait le point sur les travaux auxquels nous participons pour assurer la conservation du Courlis à long bec et de sa cousine, la Barge rousse.

Courlis à long bec Photo : Greg Drozda

Chez les Courlis à long bec, c’est « les femmes d’abord »

En mai 2019, une équipe de terrain d’Oiseaux Canada a amorcé la deuxième phase d’un projet visant à déterminer où les Courlis à long bec qui nichent en Colombie-Britannique passent leur temps le reste de l’année. L’étude a également pour but d’évaluer le succès de la reproduction des courlis dans différents types d’habitat, depuis les prairies naturelles jusqu’aux terres cultivées fortement aménagées. Nous avons pu déterminer l’issue de la nidification dans 12 nids, laquelle se traduisait par un succès d’envol de 90 %. Comme la plupart des nids contenaient 4 oeufs, la population au site d’étude s’est enrichie d’au moins 43 jeunes en 2019!

Nous avons posé des émetteurs satellite sur 7 des adultes en 2019 et nous avons suivi leurs déplacements avec grand intérêt dans leurs quartiers d’hiver. Les résultats obtenus l’an dernier sont comparables à ceux obtenus en 2017 pour les individus qui nichent dans le sud-est de la Colombie-Britannique, mettant en lumière un fascinant profil de migration échelonné, soit une migration rapide vers le sud des femelles suivie deux semaines plus tard par celle des mâles. Certains individus ont fait halte brièvement à différents endroits dans le centre de l’Oregon avant de gagner la Californie. Six d’entre eux sont demeurés dans la vallée centrale de cet État tout au long de l’hiver, de septembre 2019 à mars 2020. Un individu a suivi une trajectoire de migration très différente : il a survolé l’ouest de l’Idaho avant de faire halte au Grand Lac Salé, en Utah, puis de terminer sa course sur une terre agricole dans le sud de la Californie.

Dans l’autre sens, les oiseaux pistés ont commencé leur migration vers le nord à la fin de mars 2020 et ont passé jusqu’à trois semaines en Oregon à des endroits libres de neige où ils pouvaient fouiller le sol à la recherche de vers. En avril, la majorité des individus étaient revenus à Prince George (C.-B.) et ont été repérés par des observateurs bénévoles consciencieux dans les champs où les oiseaux pistés s’étaient reproduits l’an dernier.

D’autres travaux prévus dans le cadre de ce projet porteront sur les cultures pratiquées dans les régions agricoles californiennes où les oiseaux ont résidé, dans le but de déterminer quels facteurs ont influé sur les courlis pendant leur hivernage. De plus, nous poursuivrons notre travail de sensibilisation auprès de la communauté agricole de la Colombie-Britannique pour nous assurer que l’habitat de nidification de ces fascinants oiseaux est conservé.

 

Des oiseaux qui rapprochent les humains

Barge rousse identifié par le code « 4BWYB »

Photo : Phil Battley

En ce temps de distanciation sociale, les habitants du monde entier demeurent en relation par l’intermédiaire des oiseaux migrateurs. Et il y a peu de meilleurs exemples de voyages au long cours que ceux de la Barge rousse. L’extraordinaire migration des membres de la sous-espèce baueri les amène directement au-dessus du Pacifique dans un itinéraire reliant les lieux de reproduction de l’Alaska aux quartiers d’hiver en Nouvelle-Zélande. C’est un vol sans escale sur une distance de 11 000 kilomètres réalisé en huit à dix jours! Au printemps, ces barges survolent de nouveau le Pacifique par la mer Jaune en Chine puis la péninsule coréenne. La plupart des années, ce sont les individus qu’on retrouve dans les estuaires canadiens débouchant sur le Pacifique, comme le delta du Fraser en Colombie-Britannique.

Une nouvelle étude impliquera le suivi de 16 de ces barges. Elle produira de nouvelles données vitales pour remettre en vigueur l’instauration d’une nouvelle politique en Chine visant à stopper la perte d’habitats le long des côtes de la mer Jaune, où ce phénomène a été identifié comme le principal facteur causant la chute rapide des effectifs des oiseaux de rivage le long de la voie migratoire Asie orientale-Australasie.

Bon nombre des barges, qui avaient été dotées d’émetteurs en Nouvelle-Zélande, sont maintenant sur la mer Jaune. Phil Battley, Ph. D., de l’Université Massey, et Birds New Zealand les ont étudiées pendant presque toute sa carrière : « Ces oiseaux sont très fidèles aux sites. Ils retourneront vraisemblablement aux mêmes secteurs de la mer Jaune peu importent l’ampleur des réserves alimentaires ou les conditions environnementales. Nous voulons savoir comment ils réagissent aux changements qui surviennent dans leur habitat. Retourneront-ils aux mêmes endroits et lutteront-ils pour refaire le plein d’énergie? »

Cette étude révèle déjà des choses étonnantes sur les façons dont ces oiseaux relèvent les défis que leur posent les migrations. « Deux individus ont affronté les vents violents du cyclone Gretel pour poursuivre leur vol direct vers l’Asie, explique M. Battley. Un mâle (identifié par le code « 4BWYB ») a tenu bon pendant 36 heures – après avoir parcouru 6500 kilomètres en six jours – avant de faire halte pour se reposer et s’alimenter puis de faire demi-tour et retourner en Nouvelle-Zélande. Après une halte de 16 jours, il a repris le départ, et nous sommes enchantés d’annoncer qu’il refait le plein sur la mer Jaune, après avoir parcouru un total de 17 000 kilomètres en un mois! »

Progression de la migration vers le nord de la Barge rousse « 4BWYB » au 11 avril 2020

Vous pouvez suivre les déplacements des barges sur le Global Flyway Network. Les travaux dont il est ici question s’appuient sur une collaboration entre les entités suivantes : Oiseaux Canada, Birds New Zealand, l’Université Massey, le Global Flyway Network, des organismes chinois, dont l’Université Fudan, des bénévoles et l’Institut Max‑Planck.

 

Nous vous encourageons à faire connaître les exploits de ces fascinants oiseaux aux membres de votre famille et à vos amis qui vivent le long de leurs trajets migratoires!

Courlis à long bec Photo : Greg Drozda