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Par Kathy Jones (responsable des bénévoles, Programmes de l’Ontario et Inventaire canadien des Plongeons huards) et Doug Tozer, Ph. D. (directeur – Oiseaux aquatiques et milieux humides), Oiseaux Canada

Certains des participants à l’Inventaire canadien des Plongeons huards ont pu récolter des données cet été dans le respect des consignes relatives à la COVID-19. Nous les en remercions! Vous pouvez nous envoyer vos données par la poste ou en ligne; la saisie des données de 2020 se poursuivra tout au long de l’automne. Si vous n’avez pas pu participer à l’Inventaire en 2020, nous espérons que vous le pourrez l’an prochain. Aidez-nous à planifier la saison prochaine en vous inscrivant sans tarder. Vous pouvez vous rendre à l’adresse oiseauxcanada.org/plongeons pour en savoir plus sur l’Inventaire et vous inscrire par l’intermédiaire du portail des bénévoles.

Un des changements les plus importants que nous a apportés la pandémie est la distanciation sociale, qui est particulièrement difficile à respecter pour nous, les humains, qui sommes des êtres éminemment sociaux. Nous avons pensé qu’en examinant de plus près la vie complexe et souvent très sociale des Plongeons huards, cela pourrait nous remonter le moral! Nous vous invitons à la découverte d’une année dans la vie d’un plongeon, laquelle est faite de comportements élaborés, de communications compliquées et d’autres particularités fascinantes du cycle biologique de l’espèce.

 

Le printemps, c’est toujours le confinement

Souvent, les Plongeons huards reviennent aux mêmes lacs chaque année. Ils sont très visibles dans les zones d’eau libre dégagées, mais ils sont discrets autour des nids, sur les rives. C’est le mâle plutôt que la femelle qui choisit l’emplacement du nid, pour des raisons qui sont encore inconnues. Toutefois, les deux partenaires consacrent beaucoup d’efforts à s’occuper des oeufs et à les protéger, quoique la femelle soit plus assidue à l’incubation que le mâle. Les deux parents défendent leur nid très énergiquement contre les intrusions des autres plongeons et oiseaux aquatiques et d’autres animaux sauvages qui leur font concurrence pour leurs principales proies, les poissons.

La communication, un incontournable

La communication est très importante dans la « bulle familiale » . De brefs appels doux sont émis pendant les parades nuptiales et la construction du nid et des hululements animent les « conversations » intimes. Quant aux oisillons, ils quémandent la nourriture de leurs parents en produisant des piaillements et des jappements aux notes descendantes. Les membres du couple communiquent entre eux et avec les voisins par des trémolos et des hurlements plaintifs. Ces derniers sont envoûtants, semblables aux hurlements des loups; en général, les partenaires s’en servent pour se repérer, mais également parfois pour communiquer avec les voisins. Le nombre de notes continues dans un hurlement (d’une à trois) correspondrait au degré d’anxiété : plus il y aurait de notes et plus l’oiseau serait anxieux. Le trémolo ressemble à un rire et exprime souvent le stress. À l’occasion, le couple produit un duo de trémolos, et le trémolo est la seule vocalisation produite pendant le vol. Écoutez les différentes vocalisations du plongeon. (cliquez sur la pointe de flèche dans la capsule audio sous la photo).

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Photo : Darwin Park

La distanciation

Au printemps, la « bulle sociale » des plongeons est interdite aux intrus. Le mâle pousse un yodle pour informer les voisins et les agresseurs que son territoire est occupé et qu’il faut s’en tenir loin. Il s’agit d’un air à trois temps qui comporte certaines suites de notes présentant de grands intervalles mélodiques. Certaines subtilités distinguent le yodle de chaque individu, mais la structure du cri change d’une année à l’autre, surtout si l’oiseau change de territoire. Par ailleurs, la recherche semble indiquer que les males reconnaissent les yodles de leurs voisins et s’en rappellent d’une année à l’autre. Pour un mâle en particulier qui écoute, cela pourrait se traduire par ceci : « Ah oui, il y a Jean à l’ouest et Jacques à l’est, comme c’était le cas l’an dernier. Mais, attention! Qui est ce nouveau dans le quartier? Je ne le reconnais pas! »

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Photo : Mark Peck

Des danses parfois fatales

Pendant la saison de nidification, les couples exécutent des « danses en rond » lorsqu’ils en rencontrent d’autres. Trois individus ou plus nagent en cercle et plongent la tête dans l’eau tout en se regardant l’un l’autre rapidement. Ces danses sont souvent associées à l’invasion de territoires par des individus non appariés : l’intrus émet un trémolo pour s’annoncer et l’hôte du territoire répond souvent par un yodle. Il arrive souvent que les danses changent brusquement : une ronde rapide et puis l’intrus s’en va ou la situation peut se transformer en un affrontement très violent entre mâles ou entre femelles. Si c’est l’hôte du territoire qui gagne l’affrontement, la vie continue comme avant. Si c’est l’intrus le vainqueur, le couple hôte accepte sa présence et en fait son partenaire. Or, souvent, la prise de contrôle hostile d’un territoire se solde par la mort des oisillons du couple hôte et les combats entre mâles par la mort de l’hôte du territoire.

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Photo : Nancy Barrett

Nous remercions Noreen Dertinger de nous avoir autorisés à diffuser une vidéo présentant un affrontement sur le lac Kennebec, en Ontario (texte narratif en anglais). Il faut noter que des gestes violents (ne causant pas la mort) peuvent ne pas convenir à certaines personnes.

Plus l’été avance, plus il y a de rassemblements « publics »

Quand les oisillons prennent du poids et risquent moins d’être dévorés par des prédateurs, les plongeons commencent à participer à des rassemblements « publics » : de 3 à 15 individus qui nagent en échangeant des regards sans animosité. Parfois, ils évoluent en lignes droites et ressemblent à des équipes de joueurs de hockey qui échangent des poignées de main après un match, et parfois en grands cercles. Les oiseaux ne plongent pas ni ne se nourrissent. Ils ne font que se regarder. On ne connaît pas tout à fait les raisons de ces rassemblements, mais ils pourraient servir aux plongeons à se rencontrer et à évaluer des partenaires potentiels. Les rassemblements sont plus courants sur les territoires où il s’est produit récemment un « divorce » (un changement de partenaires). Peut-être est-ce comme un bar fréquenté par de jeunes couples, certains n’étant pas ensemble depuis très longtemps sont peut-être intéressés à « rebrasser les cartes » ? Peut-être même que les détenteurs d’un territoire sollicitent les rassemblements d’une façon ou d’une autre? Pendant ces manifestations, l’espace vital est… vital, et chaque individu ne tolère pas d’autres plongeons que son partenaire à une distance moindre qu’une fois la longueur de son corps.

 

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Photo : Gord Belyea

L’automne venu, fini la distanciation! L’hiver, il y a même des parties de pêche en groupe!

Pendant la migration à la fin de l’été et dans les quartiers d’hiver, les plongeons s’assemblent souvent pour se nourrir – les groupes peuvent atteindre 250 individus. Cela leur permet de mieux exploiter les bancs de poissons, en particulier ceux des eaux littorales du Pacifique, de l’Atlantique et du golfe du Mexique, où les plongeons passent la saison froide. En automne et en hiver, les individus tolèrent beaucoup plus la promiscuité que durant la période de nidification, et la vocalisation la plus utilisée est le hululement.

 

Le printemps suivant, les adultes reproducteurs regagnent leurs lacs de nidification préférés et le cycle recommence!

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