L’augmentation de la fréquence, de la gravité et de l’étendue des incendies est à l’origine des problèmes rencontrés par les espèces d’oiseaux de la forêt boréale.
Après les incendies, certaines espèces d’oiseaux et d’autres animaux sauvages seront attirées par les paysages modifiés, tandis que d’autres les éviteront. Le Pic à dos noir (page en anglais) est un exemple classique d’une espèce à laquelle le feu profite. Cet impressionnant habitant de la forêt boréale et des montagnes atteint ses plus fortes densités dans les années qui suivent les incendies de forêt, où il se nourrit d’insectes xylophages et crée ses propres cavités de nidification dans les arbres brûlés. Le Moucherolle à côtés olive, notre ambassadeur aviaire de 2024 qui a besoin d’espaces ouverts pour se nourrir d’insectes, est une des autres espèces qui occupent le plus souvent les zones touchées par les brûlis. Parmi les autres espèces d’oiseaux qui exploitent les milieux récemment brûlés, on compte le Merle d’Amérique, le Merlebleu azuré (qui utilise vraisemblablement les cavités creusées dans les arbres par les Pics à dos noir), le Bruant familier, le Mésangeai du Canada et le Pioui de l’Ouest (selon une étude réalisée dans les Territoires du Nord-Ouest; en anglais).
L’augmentation de la fréquence, de la gravité et de l’étendue des incendies est à l’origine des problèmes rencontrés par les espèces d’oiseaux de la forêt boréale. Des feux fréquents dans les mêmes zones signifient que les forêts n’ont pas le temps d’atteindre les stades de maturité que certaines espèces préfèrent, comme la Paruline tigrée, le Grimpereau brun et la Paruline du Canada. Les incendies les plus violents peuvent également brûler la matière organique au sol, de sorte que la régénération prend beaucoup plus de temps avant que les espèces végétales forestières jeunes ou broussailleuses ne puissent s’y installer. Si certaines espèces peuvent prospérer dans un paysage post-incendie, toutes les espèces sont confrontées à des difficultés lorsque des incendies se produisent, notamment la perte de nids et de jeunes, ainsi que le déplacement, la détérioration physique, voire la mort d’adultes. L’étude de l’impact des feux de plus en plus étendus sur les populations n’en est qu’à ses balbutiements.
Selon la période de l’année, les incendies de forêt peuvent avoir des répercussions supplémentaires et différentes sur les oiseaux. Pendant la migration du printemps, certains peuvent rencontrer des incendies et choisir leur voie migratoire et leur territoire de reproduction de manière à éviter les feux actifs et la fumée. Au milieu de l’été, le feu peut piéger les reproducteurs engagés dans la nidification active (il se peut que certains adultes ne survivent pas à des incendies qui se propagent rapidement), et certains peuvent abandonner leur nid et tenter de se reproduire ailleurs, ou mettre fin à leurs efforts de reproduction et migrer plus tôt que d’habitude. Pendant la migration d’automne, les oiseaux qui sont confrontés au feu ou à la fumée peuvent également être contraints de modifier leurs itinéraires ou leurs comportements pour retourner vers le Sud. Des études récentes (page en anglais) ont permis de mieux comprendre les défis auxquels sont confrontées les espèces migratrices: trajectoires considérablement modifiées entraînant une perte de poids et une mortalité due à un vol prolongé; famine due à un vol prolongé ou à une accumulation de réserves d’énergie inadéquate avant la migration; et peut-être même des impacts directs dus à l’inhalation de fumée en cours de route.
Lorsque nous sortons de chez nous au printemps ou en été et que nous voyons de la fumée dans le ciel, c’est apeurant. C’est angoissant. La lutte contre les changements climatiques est le moyen le plus sûr de résoudre les problèmes liés aux incendies de forêt. Nous vous exhortons à plaider en faveur d’actions climatiques aux paliers local et fédéral. La triste réalité pour beaucoup de nos espèces boréales est qu’elles meurent à petit feu. Il ne s’agit pas seulement des feux de forêt, mais aussi de la perte d’insectes et de la perte d’habitat dans leur aire d’hivernage et des menaces qui pèsent sur elles pendant les migrations. Bien que la plupart de ces problèmes semblent hors de notre contrôle, vous pouvez agir concrètement près de chez vous. En plus de plaider en faveur d’une action climatique, essayez de créer des voies de migration plus sûres là où vous vivez: créez un habitat naturel dans votre propriété ou dans des zones communautaires, réduisez les collisions des oiseaux avec les fenêtres et gardez les chats à l’intérieur. Ces petits gestes sont importants.