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Un retour des Pluviers siffleurs sur le bord du lac Érié, après près de 50 ans d’absence

Plus d'un siècle d'efforts de conservation ont porté leurs fruits ce printemps: un couple de Pluviers siffleurs a établi son nid à Long Point pour la première fois depuis 1977. Depuis près de 50 ans, les ornithologues amateurs, les scientifiques et les amoureux de la nature attendaient avec impatience le retour de cette espèce sur la rive canadienne du lac Érié.

Découvrez à quel point ce retour est important et pourquoi il est source d'espoir pour l'avenir.

Long Point, le paradis de jadis

Long Point était autrefois un lieu de rassemblement très animé pour les Pluviers siffleurs. Parfois, entre 50 et 100 couples à la fois élevaient leurs oisillons le long des 40 km de littoral sablonneux. Or, tout au long du 20e siècle, la chasse, les perturbations humaines et la perte d’habitat ont poussé ces petits oiseaux de rivage au bord de l’extinction. Après le dernier nid confirmé à Long Point en 1977, l'espèce a complètement disparu de l’Ontario. Trente ans plus tard, un couple est revenu à la plage Sauble, sur le lac Huron, à quelque 300 km de Long Point, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère. Des couples de Pluviers siffleurs ont commencé à parsemer les plages de la province, grâce à des décennies d’efforts de conservation menés aux États-Unis. Mais Long Point demeurait l'enfant pauvre… du moins jusqu’à présent.

Un Pluvier siffleur se tenant sur un rivage rocheux.

En 2026, le retour au bord du lac Érié

Chaque printemps, l’Observatoire d’oiseaux de Long Point (OOLP), lieu de naissance d’Oiseaux Canada, accueille des dizaines de chercheurs et de jeunes ornithologues en herbe, ainsi que des centaines d’observateurs d’oiseaux qui envahissent le secteur pendant l’incroyable migration de parulines, d’oiseaux aquatiques et de limicoles.

Chaque année, au printemps et à l’automne, des membres du personnel de l’OOLP et des bénévoles réalisent des relevés quotidiens des oiseaux migrateurs de passage aux trois stations de recherche. Chaque fois, ils espèrent que ce soit peut-être – seulement peut-être – l’année où un couple de Pluviers siffleurs s’établisse pour nicher.

Depuis longtemps, on observe des pluviers mâles solitaires errant à Long Point, dans l’attente d’une compagne qui ne vient jamais. La saison 2026 a commencé de la même manière. Nous appellerons le mâle observé par le code figurant sur sa bague: L338. Il a été signalé le 29 avril près de la station Old Cut par des membres du personnel de l'OOLP et des collaborateurs. Ce mâle, né en 2025 dans le Presque Isle State Park, en Pennsylvanie, cherchait pour la première fois un territoire et une compagne. Le 4 mai 2026, on l'a aperçu de nouveau, seul, à la station The Tip. Or le 19 mai, au bout de nombreuses longues journées, un autre pluvier est enfin arrivé: une femelle, B080, qui a pondu en 2025 à un endroit isolé en Ontario. 

Mais ça n'a pas été tout de suite le coup de foudre! Une douzaine d'autres pluviers s'étant arrêtés et semant la pagaille le long de la rive sud de Long Point tout au long du printemps, il a fallu du temps pour que le flirt porte fruit. Finalement, le 24 mai, on a pu observer des traces de grattage dans le sable, et le 30 mai, le premier de quatre œufs a été pondu. Nous avons rapidement installé une protection pour réduire le risque de prédation du nid, puis nous nous sommes croisé les doigts et avons attendu patiemment. 

Image captée depuis le nid par la caméra de surveillance le 11 juin à 11 h 16. Un mâle couve des oeufs à l’intérieur d’un exclos, qui protège la nichée des attaques de prédateurs comme des goélands, des corneilles et des ratons laveurs.

Le malheur frappe

S'il y a bien une chose que nous avons apprise en travaillant avec les Pluviers siffleurs, c'est que parfois, malgré nos espoirs, la nature ne coopère pas toujours. Le lac Érié est connu pour ses seiches extrêmes, un phénomène similaire au ballottement de l'eau dans une baignoire, où le niveau d'eau de chaque côté du lac peut monter ou baisser considérablement sous l'effet de vents soutenus. Aux premières heures du matin du 18 juin, une seiche a provoqué une montée des eaux qui a inondé le nid.

 

«La joie de découvrir le premier œuf fin mai a été éclipsée par la tristesse de voir le nid emporté par les eaux le mois suivant. Le couple a fait tout ce qu’il fallait, tout comme nous, pour que tout se passe bien, mais l’échec de la nidification nous a brutalement rappelé à quel point les eaux des Grands Lacs peuvent être impitoyables», déplore Max Hellicar, coordonnateur des activités de terrain de l'OOLP.

 

Les phénomènes météorologiques extrêmes constituent un défi permanent pour le rétablissement des populations de Pluviers siffleurs, lequel nous ne pouvons pas toujours relever. Fin juin, le couple avait quitté la plage. Reviendra-t-il l'an prochain?

Image captée par la caméra de surveillance le 18 juin à 5 h 47 – Le nid est submergé.

L’espoir est permis

À première vue, on pourrait facilement considérer ce résultat comme la fin de l’histoire, mais ce n’est en réalité que le début. Les Pluviers siffleurs sont très fidèles à leur site de reproduction, où ils reviennent souvent année après année. De plus, ils aiment fréquenter les endroits où se trouvent d’autres pluviers: lorsqu’un couple s’installe, d’autres suivent souvent. Ainsi, malgré l’échec de la nidification, le couple qui s’est installé à Long Point en 2026, ainsi que les oiseaux de passage observés sur place tout au long de l’année, se sont attachés à cette plage et pourraient y revenir.

Cette année, au moins dix pluviers ont été observés à Long Point. Le 4 août, on a repéré pas moins de cinq individus à la station The Tip, tous en même temps!

Un pluvier siffleur se repose sur une plage de sable.

«Être assis sur la dune près de la station, observer et écouter cinq Pluviers siffleurs chercher leur nourriture et interagir le long de la plage a été pour moi un moment surréaliste et exceptionnel. Je me surprends à rêver que ces oiseaux redeviennent un élément habituel de la vie à Long Point», nous confie Stu Mackenzie, directeur - Innovation et Développement des actifs à Oiseaux Canada, qui a aperçu pour la première fois un Pluvier siffleur solitaire à Long Point il y a 26 ans!

 

Ce retour est sans doute particulièrement réjouissant en raison du potentiel qu’il offre. La présence d’un nid occupé à Long Point n’est que le début de ce que nous espérons être une expansion des Pluviers siffleurs vers des sites qu'ils fréquentaient jadis, tels que le parc provincial Rondeau et le parc national de la Pointe-Pelée. Les couples nicheurs occupent des territoires relativement vastes, de sorte que bon nombre des plages où ils s’installent en Ontario n’offrent un habitat adéquat qu’à un ou deux d’entre eux. Comme une grande partie de Long Point est protégée depuis plus de 50 ans, le potentiel de rétablissement de l'espèce est considérable.

L’année 2026 a été une année record pour la population de Pluviers siffleurs des Grands Lacs: 99 couples ont donné naissance à 160 oisillons, soit le nombre le plus élevé depuis que l’espèce a été classée pour la première fois en voie de disparition. En Ontario, ce fut notre meilleure année depuis 2022, avec 7 couples et 9 oisillons confirmés. Le retour des Pluviers siffleurs à Long Point et cette année record pour l’ensemble de la population devraient être source d’espoir pour l’avenir de ces oiseaux que nous aimons tant.


Une grande partie de l'important habitat de Long Point est aujourd’hui encore intacte et viable grâce aux efforts de conservation menés par les propriétaires, à savoir Oiseaux Canada, le Service canadien de la faune, la Long Point Company, le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario et Conservation de la nature Canada.

Oiseaux Canada coordonne les activités de l’Observatoire d’oiseaux de Long Point et du Programme de conservation du Pluvier siffleur en Ontario.

Biologiste de terrain – Programme de conservation du Pluvier siffleur en Ontario
JulieAnn Prentice

Ayant grandi en faisant du camping et en explorant la nature, j’aime le plein air depuis aussi longtemps que je me souvienne. Après avoir suivi un cours d’ornithologie dans le cadre de mes études en technologie de la pêche et de la faune, la conservation des oiseaux s’est soudain imposée comme une passion et une trajectoire professionnelle épanouissante. Les pluviers siffleurs m’ont conquise dès mon premier contrat avec Oiseaux Canada en 2023, et je suis reconnaissante d’avoir la chance de continuer à travailler aux côtés d’une équipe aussi passionnée pour favoriser leur rétablissement dans la région des Grands Lacs.

Coordonnatrice – Programme de conservation du Pluvier siffleur en Ontario
Sydney Shepherd

Mon amour de la nature a commencé par l'écoute du chant de l'aube alors que la tente en nylon chauffait, puis par un après-midi passé assis au premier rang d'un programme d'interprétation de la nature. Je crois fermement qu'en associant la science à la sensibilisation et à l'éducation, nous pouvons créer des communautés d'intendants et atteindre ensemble des objectifs environnementaux. Je suis reconnaissante de travailler avec Oiseaux Canada sur le programme du Pluvier siffleur de l'Ontario et de constater chaque jour la synergie entre la recherche scientifique et l'action communautaire.

Directeur – Actifs stratégiques
Stu Mackenzie

J’étais encore dans le ventre de ma mère quand j’ai commencé à explorer le monde naturel et j’observe les oiseaux depuis l’âge de deux ans. Dans le cadre de mes fonctions actuelles, je suis responsable du Système de surveillance faunique Motus, des observatoires d’oiseaux de Long Point et de Thunder Cape et de certains aspects du Réseau canadien de surveillance des migrations. Je détiens des diplômes des universités de Guelph et Western Ontario. J’ai présidé l’Ontario Bird Banding Association et le North American Banding Council. Je vis à Port Rowan avec ma femme et mes deux enfants.


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