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Par Doug Tozer, Ph. D., directeur – Oiseaux aquatiques et milieux humides; Matthew Fuirst, Ph. D., écologiste‑chercheur et gestionnaire de l’OOLP; Kathy Jones, responsable des bénévoles
Quiconque passe ses journées d’été au bord d'un lac du Nord connaît bien le magnifique chant envoûtant des Plongeons huards. Observer ou écouter ces oiseaux aquatiques emblématiques fait partie des moments privilégiés que de nombreux amateurs de plein air apprécient au bord de l’eau. Or, ce fameux chant mélancolique pourrait bien être désormais un appel à l’aide. En effet, les populations de cette espèce extrêmement appréciée sont aujourd’hui en déclin dans toute l’Amérique du Nord. Une nouvelle étude révélatrice réalisée par Oiseaux Canada et de nombreux collaborateurs s’est appuyée sur des données recueillies par des milliers de bénévoles passionnés pour faire la lumière sur les perspectives d’avenir du Plongeon huard. Malgré un avenir incertain pour l’espèce, il y a de l’espoir: nous pouvons tous prendre dès maintenant des mesures que nous savons efficaces pour l'aider. Oiseaux Canada et ses collaborateurs travaillent d’arrache-pied pour trouver des solutions permettant d’enrayer le déclin des effectifs.
L’état des lieux
Les données recueillies par des milliers de bénévoles dans le cadre de l’extrêmement populaire Inventaire canadien des Plongeons huards d’Oiseaux Canada (plus de 4000 personnes y ont participé bénévolement à ce jour!) indiquent que le taux de reproduction a diminué au cours des dernières décennies (a, b). De plus, les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS), résumées dans le compte rendu sur le Plongeon huard dans L’état des populations d’oiseaux du Canada (fruit d’un partenariat entre Oiseaux Canada et Environnement et Changement climatique Canada), révèlent que le nombre d’adultes a également diminué ces dix dernières années dans la plupart des régions du sud du Canada. Le nombre de naissances et d’adultes a également chuté dans certaines parties des États-Unis.
Le Canada porte une grande responsabilité envers le Plongeon huard, car il accueille 94% des quelque 254 000 couples nicheurs de l'espèce à l'échelle mondiale. Ainsi, afin de comprendre les causes du déclin des populations de l'espèce et de déterminer les mesures à prendre pour y remédier, Oiseaux Canada a cofondé en 2021 le Groupe de travail sur les huards et les canards plongeurs. Ce réseau international regroupant plus de 30 chercheurs du Canada et des États-Unis spécialisés dans les huards s'efforce d'identifier les facteurs responsables des changements observés dans les populations de l'espèce. Le groupe a pris en compte des dizaines de facteurs, notamment les perturbations d’origine humaine, l'aménagement des rives, la concurrence avec d'autres espèces d'oiseaux, la pollution et les maladies. L'hypothèse actuellement privilégiée par le groupe est que ce déclin est dû à la réduction de la clarté de l'eau des lacs. À mesure que les épisodes de précipitations extrêmes deviennent plus fréquents en raison des changements climatiques, davantage de sédiments et de matières organiques sont emportés vers les lacs, rendant l'eau plus trouble et compliquant la tâche des huards pour repérer leurs proies sous l'eau. On estime qu'au fil des ans, cette eau de plus en plus trouble empêche les huards adultes de trouver et d'attraper plus facilement les poissons dont ils nourrissent leur progéniture, ce qui entraîne une diminution du nombre d'oisillons survivants. De plus, les poussins qui survivent se retrouvent en moins bonne santé (masse corporelle plus faible), car ils reçoivent moins de nourriture de leurs parents, ce qui réduit leurs chances d’atteindre l’âge adulte.
En 2024, des scientifiques de l'Université Chapman, en Californie, ont découvert que la réduction de la clarté de l'eau observée au cours des dernières décennies dans les lacs de nidification du Plongeon huard dans le nord du Wisconsin semblait être à l'origine du déclin du nombre de poussins et d'adultes constaté dans la région au cours de la même période.