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Une récente étude sur le Plongeon huard révèle un déclin généralisé des populations et invite à agir

Une initiative internationale sans précédent menée pour mieux comprendre et inverser le déclin des effectifs d’un des oiseaux aquatiques les plus emblématiques d’Amérique du Nord

10 minutes de lecture

Par Doug Tozer, Ph. D., directeur – Oiseaux aquatiques et milieux humides; Matthew Fuirst, Ph. D., écologiste‑chercheur et gestionnaire de l’OOLP; Kathy Jones, responsable des bénévoles

Quiconque passe ses journées d’été au bord d'un lac du Nord connaît bien le magnifique chant envoûtant des Plongeons huards. Observer ou écouter ces oiseaux aquatiques emblématiques fait partie des moments privilégiés que de nombreux amateurs de plein air apprécient au bord de l’eau. Or, ce fameux chant mélancolique pourrait bien être désormais un appel à l’aide. En effet, les populations de cette espèce extrêmement appréciée sont aujourd’hui en déclin dans toute l’Amérique du Nord. Une nouvelle étude révélatrice réalisée par Oiseaux Canada et de nombreux collaborateurs s’est appuyée sur des données recueillies par des milliers de bénévoles passionnés pour faire la lumière sur les perspectives d’avenir du Plongeon huard. Malgré un avenir incertain pour l’espèce, il y a de l’espoir: nous pouvons tous prendre dès maintenant des mesures que nous savons efficaces pour l'aider. Oiseaux Canada et ses collaborateurs travaillent d’arrache-pied pour trouver des solutions permettant d’enrayer le déclin des effectifs.

L’état des lieux

Les données recueillies par des milliers de bénévoles dans le cadre de l’extrêmement populaire Inventaire canadien des Plongeons huards d’Oiseaux Canada (plus de 4000 personnes y ont participé bénévolement à ce jour!) indiquent que le taux de reproduction a diminué au cours des dernières décennies (a, b). De plus, les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS), résumées dans le compte rendu sur le Plongeon huard dans L’état des populations d’oiseaux du Canada (fruit d’un partenariat entre Oiseaux Canada et Environnement et Changement climatique Canada), révèlent que le nombre d’adultes a également diminué ces dix dernières années dans la plupart des régions du sud du Canada. Le nombre de naissances et d’adultes a également chuté dans certaines parties des États-Unis.

Le Canada porte une grande responsabilité envers le Plongeon huard, car il accueille 94% des quelque 254 000 couples nicheurs de l'espèce à l'échelle mondiale. Ainsi, afin de comprendre les causes du déclin des populations de l'espèce et de déterminer les mesures à prendre pour y remédier, Oiseaux Canada a cofondé en 2021 le Groupe de travail sur les huards et les canards plongeurs. Ce réseau international regroupant plus de 30 chercheurs du Canada et des États-Unis spécialisés dans les huards s'efforce d'identifier les facteurs responsables des changements observés dans les populations de l'espèce. Le groupe a pris en compte des dizaines de facteurs, notamment les perturbations d’origine humaine, l'aménagement des rives, la concurrence avec d'autres espèces d'oiseaux, la pollution et les maladies. L'hypothèse actuellement privilégiée par le groupe est que ce déclin est dû à la réduction de la clarté de l'eau des lacs. À mesure que les épisodes de précipitations extrêmes deviennent plus fréquents en raison des changements climatiques, davantage de sédiments et de matières organiques sont emportés vers les lacs, rendant l'eau plus trouble et compliquant la tâche des huards pour repérer leurs proies sous l'eau. On estime qu'au fil des ans, cette eau de plus en plus trouble empêche les huards adultes de trouver et d'attraper plus facilement les poissons dont ils nourrissent leur progéniture, ce qui entraîne une diminution du nombre d'oisillons survivants. De plus, les poussins qui survivent se retrouvent en moins bonne santé (masse corporelle plus faible), car ils reçoivent moins de nourriture de leurs parents, ce qui réduit leurs chances d’atteindre l’âge adulte.

En 2024, des scientifiques de l'Université Chapman, en Californie, ont découvert que la réduction de la clarté de l'eau observée au cours des dernières décennies dans les lacs de nidification du Plongeon huard dans le nord du Wisconsin semblait être à l'origine du déclin du nombre de poussins et d'adultes constaté dans la région au cours de la même période.

Ce que les recherches révèlent

L'étape suivante dans l'étude des populations de Plongeons huards consistait à déterminer si, et dans quelle mesure, le taux de reproduction des oisillons avait diminué dans l'ensemble de l'aire de répartition nord-américaine de l'espèce. Nous savions que ce taux était en baisse dans certaines régions, mais nous étions incapables de déterminer clairement si la tendance s'étendait à toute la partie sud de l'aire de reproduction. Obtenir ces informations et les rassembler en un seul endroit permettrait de déterminer la ou les causes à l’origine des déclins — une étape importante pour élaborer des solutions pour les atténuer ou les éliminer. C’est pourquoi Oiseaux Canada, en partenariat avec de nombreux collaborateurs, a mené une vaste étude collaborative sur les tendances et les schémas de reproduction du Plongeon huard dans la majeure partie de son aire de reproduction en Amérique du Nord. Notre nouvelle étude inédite s’appuie sur des données portant sur 45 000 tentatives de reproduction des huards recueillies en une période de 49 ans (1975–2023) sur 3400 lacs répartis dans neuf provinces canadiennes et sept États américains. Outre les données de l'Inventaire canadien des Plongeons huards recueillies par les bénévoles d'Oiseaux Canada, neuf organisations partenaires ont généreusement fourni d’importants ensembles de données recueillies sur une longue période, dont beaucoup par des bénévoles, ce qui en fait la plus grande analyse jamais réalisée sur les populations de l'espèce (voir la liste des organisations participantes plus bas).

a. Carte de l’aire de reproduction du Plongeon huard (en bleu) indiquant les 3421 lacs surveillés (cercles blancs) par des observateurs bénévoles et des chercheurs dans 12 régions aux États-Unis et au Canada dans le cadre de l’étude réalisée par Fuirst et al. 2026. 

Les résultats de l'étude donnent à réfléchir. La production de poussins de Plongeons huards a diminué en moyenne d'environ 40% au total au fil des décennies dans 10 des 12 régions étudiées, le déclin total variant entre 14 et 74% au fil des ans selon la région et la période considérée. Des baisses à long terme ont été observées en Colombie-Britannique, dans les provinces des Prairies, en Ontario, dans les provinces de l’Atlantique, dans l’État de Washington, au Wisconsin, dans l’État de New York, au Vermont, dans le New Hampshire et dans le Massachusetts. Ce n’est qu’au Québec et dans le Maine que la production de poussins est restée relativement stable ou a légèrement augmenté. L'étude aboutit à la conclusion principale que cette production a considérablement diminué au cours des dernières décennies dans la majeure partie de l’aire de reproduction de l'espèce.

b. Carte des tendances de la productivité du Plongeon huard, calculée à partir d’une analyse de Fuirst et al. (2026) pour les provinces des Prairies (Alberta, Manitoba et Saskatchewan combinées), les provinces de l’Atlantique (Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador et Nouvelle-Écosse combinées), la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Québec, le Maine, l’État de New York, le New Hampshire, le Vermont, le Massachusetts, le Wisconsin et l’État de Washington. Les valeurs des tendances sont classées comme suit: baisse marquée (-2,5 à -1,5% par an), baisse modérée (-1,5 à -1,0% par an), légère baisse (-1,0 à -0,5% par an), légère baisse ou quasi-stabilité (-0,5 à 0,0% par an) et stabilité ou hausse (0,0 à 0,5% par an).

Prochaines étapes

Maintenant que nous connaissons la situation globale dans la majeure partie de l’aire de reproduction de l'espèce, le moment est venu de déterminer les facteurs à l’origine des déclins. Revenons donc à ce que l’on sait déjà: la baisse de la clarté de l’eau semble être la cause, du moins dans le Wisconsin. Heureusement, grâce aux données issues de l’imagerie satellitaire, il est possible de calculer un indice de clarté de l’eau pour des milliers de lacs sur plusieurs années, lequel peut ensuite être directement mis en relation avec la production de poussins sur ces mêmes lacs au cours des mêmes années. Oiseaux Canada cherche actuellement à déterminer si le déclin généralisé du taux de reproduction peut s’expliquer par des changements de la clarté de l’eau des lacs dans la partie sud de l’aire de reproduction du Plongeon huard. Cette étude de suivi permettra de déterminer si le lien entre la production de poussins et la clarté de l’eau des lacs s’étend à la majeure partie de l’aire de reproduction, et n'est pas limitée uniquement à la partie nord du Wisconsin tel que décrit ci-dessus. En cernant les causes généralisées du déclin des effectifs, nous espérons apporter des solutions efficaces qui permettront de stabiliser ou d’augmenter les populations sur l’ensemble de l’aire de reproduction de l’espèce.

En attendant, malgré toutes ces données négatives, tout n’est pas perdu: certains lacs continuent d’enregistrer un taux de reproduction élevé, ce qui s’explique notamment par les soins et l'intendance que les bénévoles apportent aux Plongeons huards et à leurs nids dans leur région respective. Nous remercions ceux-ci grandement pour leur engagement en faveur de la conservation de l’espèce. Par ailleurs, nous pouvons tous agir dès maintenant pour aider les Plongeons huards.

Comment apporter votre soutien

  • Faire un don à Oiseaux Canada, pour que progresse encore davantage la conservation du Plongeon huard.
  • Participer à l’Inventaire canadien des Plongeons huards d’Oiseaux Canada ou à un des programmes de surveillance de l’espèce aux États-Unis (voyez plus bas la liste des organisations participantes qui offrent des occasions de bénévolat).
  • Utiliser des agrès de pêche non toxiques et sans plomb; il suffit d'un seul plomb ou d'une seule turlutte pour tuer un huard adulte. L'ingestion d'agrès toxiques est la principale cause de mortalité chez les huards adultes.
  • Éliminer les fils de pêche et autres déchets plastiques de manière responsable. De nombreux huards se retrouvent irrémédiablement empêtrés dans ces fils et autres débris abandonnés dans les lacs.
Un Plongeon huard échangeant un baiser avec son poussin.

Écoutez notre balado pour en savoir plus (en anglais)


Merci beaucoup!

Nous n’aurions tout simplement pas réaliser cette étude sans les efforts inestimables de milliers de bénévoles chargés des relevés. Nous tenons donc à remercier chaleureusement chacune et chacun d’entre eux pour leur soutien dévoué et leur participation à l'Inventaire canadien des Plongeons huards, au Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) et aux nombreux autres programmes de surveillance et de conservation de cette espèce qui ont fourni des données pour notre étude. Nous sommes aussi extrêmement reconnaissants envers les 20 formidables coauteurs qui ont travaillé d’arrache-pied pour faire de notre recherche un succès retentissant, et qui se sont unis pour présenter un message fort et cohérent sur l’état des populations de Plongeons huards. L'Inventaire canadien des Plongeons huards est mené conjointement par Oiseaux Canada et QuébecOiseaux, qui mérite notre grande reconnaissance. En outre, les travaux scientifiques et de conservation d'Oiseaux Canada consacrés au Plongeon huard ont grandement bénéficié d’un soutien financier de la part de la Fondation de la famille Hodgson, du National Loon Center, de la Ricketts Conservation Foundation ainsi que de donateurs privés.

Organisations participantes

Directeur – Oiseaux aquatiques et milieux humides
Dr. Doug Tozer

Depuis ma plus tendre enfance, j'ai été passionnée par les oiseaux. Par exemple, quand j'étais petite, j'étais un peu contrariée quand ma famille partait en vacances à Disney World, parce que ça voulait dire que je manquais les sorties de mon père pour repérer les nids de mésangeais du Canada dans le cadre d'un projet de recherche au parc Algonquin. Naturellement, mon parcours universitaire et professionnel s'est orienté vers l'élaboration de solutions de conservation efficaces pour les oiseaux et la sensibilisation à l'importance de ces animaux. Actuellement, je travaille sur les oiseaux aquatiques et les milieux humides en dirigeant le Programme de surveillance des marais des Grands Lacs, l'Inventaire Canadien des Plongeons huards et le Programme de recherche sur la sauvagine et les milieux humides de Long Point.

Écologiste chercheur et gestionnaire de l’OOLP
Matthew Fuirst, Ph.D.

Je suis attiré par la biologie de la faune depuis que je suis enfant et que je passe des heures à étudier les insectes le long des cours d'eau et à lire des articles sur les oiseaux et les mammifères. Ce n'est qu'au cours de mes études universitaires (avec l'aide d'un ami proche) que j'ai commencé à m'intéresser aux oiseaux et à l'ornithologie de terrain. Je m'intéresse largement à la compréhension de la démographie et de l'écologie des mouvements des animaux sauvages, avec des forces de recherche particulières dans la modélisation spatiale, la surveillance et la conservation des oiseaux, l'écologie comportementale et les analyses moléculaires. J'ai obtenu ma maîtrise en sciences à l'université de Stony Brook (New York), où j'ai étudié l'écologie de la recherche de nourriture et l'écologie microbienne des goélands argentés. J'ai obtenu un doctorat à l'université de Guelph, où mes études ont porté sur le rôle de la dispersion dans la dynamique des populations de geais du Canada adultes et juvéniles dans le parc Algonquin. Actuellement, je suis responsable des observatoires d'oiseaux de Long Point et de Thunder Cape, ainsi que de certains aspects du Réseau canadien de surveillance des migrations, et j'utilise les données de l'enquête sur le plongeon des lacs canadiens pour comprendre la survie et les contaminants des plongeons huards.

Responsable des bénévoles et biologiste – Programmes de l’Ontario, Inventaire canadien des Plongeons huards et Programme de surveillance des marais des Grands Lacs
Kathy Jones

Je suis une ardente défenseure de la conservation et de l’intendance de tous les habitats, de la biodiversité et du pouvoir de l’action communautaire, et je suis convaincue que chaque personne peut apporter sa contribution. J’ai passé mon enfance à Long Point, en Ontario, à côté de la Réserve nationale de faune du ruisseau Big Creek. C’est là qu’a pris naissance mon grand amour de la navigation de plaisance, des milieux humides, des espèces sauvages et de tout ce qui touche le monde aquatique. Je possède un baccalauréat ès sciences avec concentration en écologie de la faune et études environnementales de l’Université de Guelph, une maîtrise en gestion de la faune de l’Université Lakehead et une accréditation comme gestionnaire de bénévoles du Collège Humber. Je suis entrée au service d’Oiseaux Canada après avoir travaillé dans les secteurs du tourisme, de la vente au détail, de la recherche sur les rapaces et les canards et de la gestion de données. Mon expérience et mes études, alliés à mon travail auprès de citoyens scientifiques, m’ont menée au poste que j’occupe actuellement. Mes trois merveilleux enfants presque adultes m’ont appris que, oui, il est possible de transmettre ses convictions à la génération suivante et que c’est là que réside l’espoir dans l’avenir.


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