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55 ans de suivi de l'Hirondelle bicolore révèlent les conséquences du déclin des populations d'insectes

De nombreuses espèces d’oiseaux synchronisent leurs activités migratoires et de reproduction pour qu’elles coïncident avec l’émergence des insectes. Cependant, dans un contexte de changements climatiques, cette synchronisation parfaite se produit de moins en moins souvent. Une étude récente s’appuyant sur des données à long terme de l'Observatoire d'oiseaux de Long Point a démontré que les Hirondelles bicolores se reproduisent plus tôt à mesure que les températures augmentent au fil du temps.

Deux hirondelles bicolores en vol
Deux hirondelles bicolores en vol

Avec leur dos bleu irisé et leur ventre blanc contrastant, les Hirondelles bicolores ne passent pas inaperçues lorsqu’elles virevoltent au-dessus des prairies et des zones humides d’Amérique du Nord. Outre leurs vols acrobatiques et leurs gazouillis chaleureux, un autre élément du paysage peut attirer votre attention : un nichoir. Les Hirondelles bicolores sont des insectivores nichant dans des cavités qui utilisent les trous naturels des arbres pour se reproduire, mais elles n’hésitent pas non plus à utiliser des nichoirs artificiels. En raison de l'étendue de leur aire de répartition et de leur fidélité aux nichoirs, les Hirondelles bicolores sont faciles à observer et à étudier.

Les insectes, qui constituent le groupe d’organismes le plus riche en termes de richesse spécifique sur Terre, subissent un déclin sévère de leurs effectifs à travers l’Amérique du Nord. À Long Point, en Ontario, l’un des paysages les plus riches et les plus diversifiés du Canada, ce déclin a entraîné une perte d’environ la moitié de toute la biomasse d’insectes au cours des 50 dernières années, en raison des changements d’affectation des sols, des changements climatiques et de l’utilisation de polluants chimiques. En conséquence, l'Hirondelle bicolore, l'un des insectivores aériens les plus répandus au Canada, voit sa population se réduire.

Le suivi à long terme des Hirondelles bicolores mené à l’Observatoire d’oiseaux de Long Point (OOLP) d’Oiseaux Canada constitue l’un des ensembles de données les plus précieux au monde sur les passereaux nicheurs, et certainement l’une des études les plus anciennes sur cette espèce à l’échelle mondiale. Le suivi des Hirondelles bicolores à Long Point a débuté en 1973 sous la direction de David Hussell et Geoff Holroyd. Ce projet a mobilisé plus de 200 bénévoles, des membres du personnel d’Oiseaux Canada, ainsi que de nombreux étudiants de troisième cycle et chercheurs postdoctoraux qui ont surveillé environ 200 nichoirs, recueillant ainsi de précieuses données sur le succès de reproduction, la survie, l’état physique et la disponibilité de la nourriture.

Trois personnes posent à côté d'un nichoir à Hirondelles bicolores.

Pour de nombreuses espèces d’oiseaux, y compris les Hirondelles bicolores, il est très avantageux que leurs activités migratoires et de reproduction coïncident avec l’émergence des insectes : en général, les adultes se reproduisent et les oisillons éclosent au plus fort de la saison des insectes, lorsque la nourriture est abondante. Cependant, dans un contexte de changements climatiques, ce parfait synchronisme ne se produit plus aussi souvent. En effet, une étude récente s’appuyant sur des données à long terme de l’OOLP a démontré que les Hirondelles bicolores se reproduisent plus tôt à mesure que les températures augmentent au fil du temps. De plus, l’abondance des insectes atteint son pic plus tôt chaque année; ainsi, lorsque les oiseaux reviennent de leur migration, le buffet n’est pas aussi copieux qu’il pourrait l’être

Mais que se passe-t-il lorsque le buffet subit des coupes budgétaires? Lorsqu’il y a globalement moins de nourriture?

C’est la réalité à laquelle sont confrontées les Hirondelles bicolores, comme le rapporte une récente publication révolutionnaire parue dans Proceedings of the National Academy of Sciences. L’étude s’appuie sur 55 ans de données de surveillance recueillies à Long Point pour examiner l’impact de la diminution des populations d’insectes sur les Hirondelles bicolores.

L’étude a démontré que les années marquées par une faible abondance d’insectes ont entraîné une diminution de la taille des oisillons et des adultes. Non seulement il est difficile pour les Hirondelles bicolores de synchroniser leurs activités de reproduction avec l’émergence des insectes, mais il y a désormais aussi moins d’insectes, ce qui entraîne une malnutrition chez certains oiseaux.

Même lorsque certains individus parviennent à synchroniser parfaitement leur migration avec l’abondance des insectes, le manque d’insectes signifie qu’ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que ceux dont ils auraient pu profiter il y a quelques décennies, lorsque les insectes étaient plus abondants. Arriver plus tôt pour profiter de la présence des insectes signifie également devoir affronter les vagues de froid printanières. C’est un compromis difficile pour les Hirondelles bicolores. Arriver plus tôt, par un temps incertain mais avec plus d’insectes? Ou venir plus tard, lorsque le temps est plus clément? Dans les deux cas, il y a moins d’insectes, donc moins de nourriture.

L’importance de cette étude est double : d’une part, elle met en évidence les impacts négatifs du déclin de la biomasse d’insectes sur les populations d’oiseaux et, d’autre part, elle apporte un nouvel éclairage sur la manière dont les insectivores aériens réagissent aux changements environnementaux. Le déclin de l’abondance maximale des insectes s’est produit à peu près au moment où les pesticides chimiques ont commencé à être largement utilisés. Cette étude constitue une étape importante pour comprendre quels polluants chimiques réduisent la biomasse des insectes et pour déterminer les mesures de conservation à prendre afin de ralentir ou d’inverser cette tendance.

Pour les Hirondelles bicolores, ces nouvelles connaissances sont essentielles. Selon le rapport « L'état des populations d'oiseaux du Canada », les insectivores aériens connaissent un déclin important au Canada, avec une perte de 43 % de leur population depuis 1970. Cette étude offre une occasion unique de comprendre les mécanismes du déclin des effectifs et nous incite à agir de toute urgence pour protéger un groupe d’oiseaux que nous chérissons et admirons.


Aidez les Hirondelles bicolores et les insectivores aériens en créant des habitats et en réduisant l’utilisation de pesticides

Si vous êtes propriétaire, vous pouvez aménager des lieux favorables aux oiseaux qui favorisent les communautés de plantes et d’insectes indigènes. Même les habitats à petite échelle, comme les jardinières de balcon et les parcelles de jardins communautaires, ont un impact positif sur les oiseaux et les insectes. Vous pouvez également soutenir les efforts visant à préserver et à protéger les zones de protection de la nature et les parcs à proximité.

L’utilisation de pesticides et d’herbicides chimiques dans l’agriculture, la sylviculture et les foyers constitue une menace majeure pour les insectes dont dépendent de nombreuses espèces d’oiseaux. Vous pouvez contribuer à apporter un changement positif en évitant d’utiliser des pesticides et des herbicides sur votre propriété et, dans la mesure du possible, en optant pour des produits biologiques.

Comment vous pouvez aider

Aidez les Hirondelles bicolores et les insectivores aériens en créant des habitats

Découvrez comment créer des lieux favorables aux oiseaux qui favorisent les communautés de plantes et d’insectes indigènes. Même les habitats à petite échelle, comme les jardinières de balcon et les parcelles de jardins communautaires, ont un impact positif sur les oiseaux et les insectes.


Un immense merci à Brian Weeks, Charlotte Probst et aux chercheurs de l'Université du Michigan qui ont publié ces travaux, ainsi qu'aux centaines de bénévoles qui ont rendu ce projet possible.

Cette recherche et ces découvertes importantes n’auraient tout simplement pas été possibles sans des données collectées sur une longue période et sans un engagement en faveur d’un suivi à long terme, ce qui est extrêmement difficile à financer et nécessite un effort collectif considérable.

L'OOLP est le programme fondateur d'Oiseaux Canada. Si vous souhaitez devenir bénévole au sein de l'OOLP et contribuer à la constitution de bases de données significatives à long terme, vous pouvez nous envoyer un courriel. Vous pouvez également soutenir l'OOLP par un don qui servira à financer nos activités de recherche, de conservation et de sensibilisation. 

Écologiste chercheur et responsable de l'observatoire
Matthew Fuirst, Ph. D.

Je suis passionné par la biologie de la faune sauvage depuis mon enfance, où je passais des heures à observer les insectes au bord des ruisseaux et à lire des ouvrages sur les oiseaux et les mammifères. Ce n’est qu’au cours de mes études de premier cycle (avec l’aide d’un ami proche) que je me suis vraiment pris de passion pour l’observation des oiseaux et l’ornithologie de terrain. Je m’intéresse de manière générale à la démographie et l'écologie des déplacements des animaux sauvages, avec des compétences particulières en modélisation spatiale, en suivi et conservation des oiseaux, en écologie comportementale et en analyses moléculaires. J’ai obtenu ma maîtrise à l'Université de Stony Brook (dans l’État de New York), où j’ai étudié l’écologie alimentaire et microbienne des Goélands argentés. J’ai obtenu mon doctorat à l’université de Guelph, où mes travaux ont porté sur le rôle de la dispersion dans la dynamique des populations de Mésangeais du Canada adultes et juvéniles dans le parc Algonquin. Actuellement, je suis responsable de l'Observatoire d'oiseaux de Long Point et de l'Observatoire de Thunder Cape, ainsi que de certains aspects du Réseau canadien de surveillance des migrations. De plus, j'utilise les données de l'Inventaire canadien des Plongeons huards pour étudier la survie et la contamination de cette espèce.


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