Chaque année, alors que la neige fond et que les vents froids de l’hiver s’atténuent peu à peu, les premiers signes du printemps apparaissent et nous retournons dans les forêts du sud de l’Ontario. Nous y restons pendant les mois qui suivent, consacrant la majeure partie de nos journées à la recherche de certains des oiseaux forestiers les plus rares et les plus menacés du Canada: le Moucherolle vert, la Paruline azurée, la Paruline hochequeue, la Paruline orangée et le Pic à tête rouge.
Le sud-ouest de l’Ontario, qui correspond à la région carolinienne du Canada, était autrefois en grande partie recouvert de forêts. Le déboisement intensif à des fins agricoles au 19e siècle n’a laissé en place qu’un petit vestige, très fragmenté, de ces vastes forêts matures d’autrefois. Les petites parcelles qui subsistent ne font souvent pas l’objet d’une gestion axée sur la conservation, ce qui se traduit par un manque d’habitats de reproduction convenant à ces cinq espèces.
Le Programme des oiseaux forestiers en péril de l’Ontario a pour objectif de surveiller et d’étudier ces espèces et de collaborer avec les gestionnaires fonciers afin de protéger les habitats, d’orienter les actions de gestion responsable et d’atténuer les menaces que nous pourrions identifier, notamment les espèces envahissantes et les maladies des arbres. Ce programme comprend également l’exécution de travaux de recherche ciblés visant à améliorer notre connaissance de ces espèces, de leurs besoins en matière d’habitat et des stratégies de conservation qui leur conviennent le plus.
Notre travail ne serait pas possible sans des partenariats solides basés sur la collaboration, des mois de préparation et de communication, ainsi que le dévouement de notre équipe. Voici un petit aperçu de ce que cela implique tout au long de l’année!
Photos (de g. à dr.): Moucherolle vert, par Evans-Cook; Paruline azurée, par Trisha Snider; Paruline hochequeue, par Sean Jenniskens; Paruline orangée et Pic à tête rouge, par Trisha Snider
De janvier à mars: Planification de la saison de terrain
Une membre de l’équipe présente un exposé à des gestionnaires de boisés. Photo: Kevin Predon
Samreen travaille à une analyse difficile avec l’aide de Danielle Ethier, Ph, D., scientifique principale, au siège social d’Oiseaux Canada. Photo: Josh Sayers
D’avril à mai: Surveillance de la Paruline hochequeue
La plupart des cinq espèces cibles reviennent sur leurs lieux de reproduction en mai, mais l’arrivée avant les autres de la Paruline hochequeue en avril marque le début de notre saison de terrain. En raison de son arrivée précoce, cette espèce passe souvent inaperçue pendant les autres recensements d’oiseaux nicheurs qui débutent fin mai. Les estimations des effectifs de cette paruline au Canada étant incertaines, ces travaux sont d’autant plus importants.
Lorsque nous repérons des Parulines hochequeues, nous recherchons des indices de reproduction, évaluons l’habitat qu’elles occupent et signalons toute menace que nous constatons aux gestionnaires des terres. Par exemple, notre collaboration avec un partenaire local a permis de mettre en place des zones tampons le long des cours d’eau où ces parulines se reproduisent afin de réduire au minimum les effets négatifs potentiels liés à l’exploitation forestière à proximité. La collaboration avec nos partenaires locaux est essentielle à la réussite de la conservation des espèces en péril, et nous sommes reconnaissants de pouvoir travailler avec tant de personnes passionnées et engagées!
Un membre de notre personnel d’été tend l’oreille pour repérer la Paruline hochequeue sur un site de reproduction. Nous recherchons les nids en observant patiemment les allées et venues de la femelle pendant qu’elle couve ses œufs, puis en suivant les parents lorsqu’ils apportent des insectes à leurs petits. Finalement, nous avons la chance de voir des oisillons maladroits quémander sans relâche de la nourriture, tandis qu’ils courent après leurs parents le long des ruisseaux! Photo : Samreen Munim
Photos (dans le sens horaire): Jack Belleghem, Julia Marshall, Jack Belleghem
De juin à août: relevés généraux et poursuite de la surveillance
La plupart des oiseaux du sud de l’Ontario commencent à nicher à la fin de mai, quand nous commençons nos relevés plus généraux. Nous utilisons une méthode standardisée appelée point d’écoute pour couvrir efficacement une vaste zone. Ces relevés consistent à se rendre à des emplacements prédéterminés, répartis de manière uniforme dans toute la forêt, puis à effectuer pendant 10 minutes à chaque endroit un comptage de tous les oiseaux entendus et observés. Nous enregistrons également tous les oiseaux détectés entre les différents points d’écoute. En revenant aux mêmes emplacements d’année en année, nous pouvons plus facilement comparer le nombre d’individus et l’abondance des espèces au fil du temps. Nous nous intéressons aussi tout particulièrement à la recherche de nids et au suivi de l’activité de reproduction de nos espèces cibles.
Il y a des sentiers à certains des sites, mais le plus souvent, nous n’avons pas cette chance. Cela signifie de longues journées passées à gravir et descendre des ravins escarpés et boueux, à patauger dans des marécages et à nous faire piquer par des ronces épineuses de rosiers et de framboisiers. À la fin de la journée, nous sommes couverts de boue, de sueur, de piqûres de moustiques (et probablement de quelques tiques cachées). Parfois, nous avons les pieds trempés dans une ou deux bottes inondées – mais nous adorons ça!
Parcourir les grandes forêts caroliniennes du sud de l’Ontario, qui comptent parmi les meilleures zones protégées restantes pour ces oiseaux menacés, est un privilège que nous ne prenons pas à la légère. Nous restons sur les sentiers lorsqu’ils existent, évitons de piétiner la végétation et nettoyons régulièrement notre équipement afin de limiter la propagation d’espèces envahissantes.
Les espèces envahissantes constituent une menace sérieuse pour bon nombre de nos oiseaux ciblés; c’est pourquoi nous leur prêtons une attention particulière lors de chaque relevé. Lorsque nous détectons la présence d’une ou plusieurs de ces espèces, nous communiquons leur position aux gestionnaires des terres et leur recommandons les meilleures pratiques de gestion afin d’atténuer leurs impacts dans la mesure du possible. Par exemple, en 2025, nous avons découvert une nouvelle infestation de pucerons lanigères de la pruche sur un site où chantait un Moucherolle vert; nous en parlons dans le balado «The Warblers» (en anglais) si vous souhaitez en savoir plus!
De plus, nous menons chaque année divers travaux axés sur nos espèces cibles. Actuellement, en collaboration avec plusieurs experts, nous soutenons et surveillons la Paruline orangée dans le cadre d’un réseau de nichoirs (un immense merci à Dean Ware, Don Wills et Lucas Foerster!), qui a permis de constater que cette espèce se porte mieux qu’elle ne l’a été depuis des décennies. Nous assurons également le suivi de la population de Parulines azurées dans l’est de l’Ontario avec Dan Derbyshire et, après 10 ans, nous constatons que celle-ci est restée stable. Plusieurs autres projets se profilent à l’horizon, qui nous aideront à continuer de combler des lacunes importantes dans nos connaissances, à collaborer avec notre solide réseau de partenaires et à faire progresser le rétablissement de nos espèces cibles.
Nos relevés de terrain impliquent beaucoup de débroussaillage! Photo: Samreen Munim.
Le puceron lanigère de la pruche (ces boules blanches regroupées sur la tige d’un rameau d’aiguilles) est une espèce envahissante qui tue les pruches de l’Est, dont dépendent le Moucherolle vert et la Paruline hochequeue. Photo: Brendan Boyd.
Nous empruntons les sentiers lorsqu’il y en a. Ici, dans le bois Backus, un des plus grands complexes forestiers encore présents dans le sud de l’Ontario. Photo: Samreen Munim.
Les jumelles ne servent pas juste à observer les oiseaux. Ici, un membre de notre personnel d’été scrute la cime des arbres à la recherche d’espèces envahissantes. Photo: Samreen Munim.
De septembre à décembre: Données, subventions et rédaction
En septembre, la plupart des oiseaux que nous étudions ont déjà pris le chemin de leurs lieux d’hivernage en Amérique centrale, en Amérique du Sud et aux États-Unis. C’est avec un brin de tristesse que nous rangeons nos bottes et (avec un peu moins de regret) notre insecticide, mais le travail n’est pas terminé pour autant! Nous dépoussiérons nos bureaux et nous nous attelons à l’analyse de toutes les données que nous avons recueillies au printemps et en été. Nous communiquons les listes d’oiseaux et les informations sur les espèces envahissantes à chaque gestionnaire foncier et partenaire, ainsi que des ressources et des conseils sur les pratiques de gestion optimales et les activités de préservation.
En plus de tout cela, nous analysons les données des saisons précédentes, nous nous tenons informés des dernières avancées de la recherche, nous communiquons des mises à jour à nos bailleurs de fonds et à nos sympathisants, et nous rédigeons des demandes de subventions ainsi que des rapports sur nos résultats. Par exemple, en 2025, nous avons achevé notre 10e année de suivi de la plus grande population de Parulines azurées du Canada (représentant la quasi-totalité de la population nationale), ce qui nous a permis d’observer son évolution (les effectifs semblent stables!).
Rien de tout cela ne serait possible sans les solides relations que nous entretenons avec nos partenaires! Nous tenons à remercier tous les bailleurs de fonds qui ont soutenu notre travail au fil des ans et qui continuent de nous soutenir aujourd’hui. Nous sommes également redevables à toutes les personnes qui ont apporté leur contribution, que ce soit en nous autorisant à mener des relevés sur leurs propriétés, en collaborant avec nous pour atténuer les menaces, en nous invitant à partager des informations sur les oiseaux forestiers, ou en nous aidant directement à récolter des données – malgré les insectes qui piquent, la chaleur torride et les bottes inondées!
Allez faire un tour en forêt!