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Par Elizabeth Porter, spécialiste de l’Engagement communautaire – Programmes de l’Ontario 

Un Oriole des vergers mâle adulte. Photo: John Reaume

Signes du printemps 

Pour de nombreux passionnés d’ornithologie du sud du Canada, un signe indéniable de l’arrivée du printemps est un éclair orange vif qui jaillit parmi les arbres en bourgeons, accompagné de sifflements riches et mélodieux annonçant l’arrivée des Orioles de Baltimore. Il existe toutefois une espèce d’oriole moins connue et plus petite qui effectue le long voyage jusqu’aux lieux de nidification au Canada: l’Oriole des vergers. 

Grâce aux nouvelles données passionnantes issues du Troisième Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (Atlas-3), nous savons comment cette espèce a évolué au cours des 40 dernières années face à une perte importante d’habitat. Entre 2021 et 2025, plus de 2000 participants à l’Atlas-3 ont documenté la présence d’oiseaux nicheurs partout en Ontario. Dans le cas de l’Oriole des vergers, ces données nous racontent une histoire fascinante d’adaptation à un paysage en mutation. Mais faisons d’abord connaissance avec cet élégant oiseau! 

 

Rencontrez l’Oriole des vergers 

Dépourvu du flamboyant plumage orange de l’Oriole de Baltimore, le mâle adulte de l’Oriole des vergers n’en est pas moins séduisant. Son corps caractéristique de couleur marron surmonté de la tête et de la gorge noires semble rayonner d’une lueur chaleureuse depuis la cime des arbres tandis que l’oiseau entonne des chants vifs et gazouillants, composés de sifflements clairs et aigus. La femelle est plus discrète, avec un plumage jaune verdâtre, et pousse un chant plus simple, moins fréquemment que le mâle. Et si vous apercevez un oiseau qui ressemble à une femelle mais qui présente une gorge noire bien marquée, vous avez devant vous un mâle immature.  

Pendant l’été, les Orioles des vergers se nourrissent principalement d’insectes, menu complété par du nectar et de petits fruits. Dès que ces oiseaux entament leur migration vers le sud, en direction de leurs zones d’hivernage, leur régime alimentaire se compose alors principalement de petits fruits, notamment ceux du mûrier rouge et du cerisier de Virginie, qu’ils apprécient tout particulièrement. Vous pouvez attirer les orioles – et d’autres oiseaux! – chez vous en leur fournissant du nectar ou en créant un jardin accueillant pour les oiseaux qui offre l’habitat naturel et les insectes dont ils ont besoin pour s’épanouir. 

Un Oriole des vergers femelle. Photo: Kellie Superina.

Une espèce qui sait s’adapter 

L’Oriole des vergers préfère les habitats de lisière – des zones de transition telles que l’orée des forêts, les bois clairsemés, les rives des lacs et des cours d’eau, ainsi que les exploitations agricoles (notamment les vergers, d’où leur nom). Alors que de nombreuses espèces sont menacées par la perte de ces habitats due à l’urbanisation et à l’industrialisation, l’Oriole des vergers semble avoir trouvé une solution. Les données recueillies par des participants à la campagne de terrain de l’Atlas-3 montrent que l’aire de reproduction de l’espèce est en train de se déplacer; elle couvrait naguère l’est des États-Unis et le sud de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Ontario. 

Pendant la campagne de terrain du premier Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (1981-1985), l’Oriole des vergers était signalée principalement le long du lac Érié, dans la partie la plus méridionale de la région de conservation des oiseaux des Grands Lacs inférieurs et de la plaine du Saint-Laurent. Or, vingt ans plus tard, lors de la campagne de l’Atlas-2 (2001-2005), l’étendue de l’aire de répartition avait presque triplé le long des rives du lac Érié et du lac Ontario. Aujourd’hui, les données les plus récentes de l’Atlas-3 montrent une expansion continue vers le nord le long du lac Huron et plus loin encore dans le sud de l’Ontario, de sorte que l’aire de répartition a presque doublé entre l’Atlas-2 et l’Atlas-3. Dans le cadre de l’Atlas-3, des cas de reproduction ont été confirmés aussi loin au nord que Carden Alvar et Owen Sound, et aussi loin à l’ouest que les îles Frontenac! Bien qu’il soit trop tôt pour en connaître les implications à long terme, il s’agit d’une révélation importante que nous continuerons à suivre, et qui n’aurait pas pu être mise en évidence sans l’aide des atlasseurs. 

Compte tenu de la raréfaction des habitats de prédilection de l’espèce, comment se fait-il que son aire de répartition soit en réalité en expansion? 

Il s’avère que l’Oriole des vergers possède une remarquable capacité à s’adapter aux paysages fragmentés qui se multiplient dans le sud de l’Ontario, tels que les parcs urbains et les bosquets épars. Ces espaces reproduisent les forêts clairsemées que l’espèce choisit pour nicher, ce qui souligne l’importance de privilégier la création d’espaces verts de grande qualité dans nos villes.

Ces cartes montrent le changement dans la répartition et les indices de nidification de l’Oriole des vergers entre l’Atlas-1 (1981-1985), l’Atlas-2 (2001-2005) et l’Atlas-3 (2021-2025).

Une brève présence en été 

La période de reproduction de l’Oriole des vergers est remarquablement courte. Cet oiseau arrive au Canada vers la mi-mai, après avoir migré depuis le Mexique et certaines régions du nord de l’Amérique du Sud, et il repart vers ses lieux d’hivernage dès la mi-juillet. Il ne lui reste donc que peu de temps pour trouver un partenaire, construire son nid en forme d’outre finement tissé et suspendu à une branche d’arbre, et élever ses petits. Ce laps de temps très court peut rendre difficile pour les observateurs de distinguer les individus qui se sont installés pour la reproduction et ceux qui sont déjà en route vers le sud, mais cela n’a pas découragé les atlasseurs! 

Sur le terrain, les atlasseurs ont recensé quatre types d’indices de nidification à partir de leurs observations des comportements: observée, possible, probable et confirmée. La reproduction est confirmée lorsqu’on observe la construction d’un nid ou encore la présence d’adultes dans le nid ou de jeunes ayant récemment pris leur envol. Elle est qualifiée de probable lorsqu’il y a des indices laissant supposer que les oiseaux pourraient se reproduire (par exemple, des parades nuptiales), et de possible lorsqu’un oiseau a été observé pendant la saison de reproduction dans un habitat propice à la nidification. 

Un Oriole des vergers mâle immature. Photo: Jim Richards

Au-delà des cours arrière 

Même si nous ne pouvons profiter de la présence de l’Oriole des vergers que peu de temps chaque été au Canada, son cycle annuel fait le lien entre nos environnements locaux et les écosystèmes tropicaux de ses lieux d’hivernage. Une fois que cette espèce a effectué son long voyage de retour vers le sud, elle joue des rôles écologiques importants. Par exemple, cet oiseau agit comme pollinisateur des plantes tropicales à fleurs! Lorsque l’oriole se nourrit du nectar des fleurs, sa tête saupoudrée de minuscules grains de pollen. Lesquels sont ensuite transférés d’une fleur à l’autre, à l’instar d’une abeille qui vole de fleur en fleur. 

Cet été, lorsque vous scruterez la cime des arbres à la recherche de cette lueur caractéristique couleur marron, n’oubliez pas que vous êtes témoin d’une histoire de liens entre les peuples et de résilience. L’expansion réussie de la présence de l’Oriole des vergers dans des environnements modifiés par les humains témoigne de l’impact considérable que peuvent avoir les petits bosquets et les parcs urbains sur la biodiversité et la survie des espèces. 

À propos de l’Atlas 

L’Atlas-3 est le fruit d’une collaboration entre Oiseaux Canada, le Service canadien de la faune (Environnement et Changement climatique Canada), le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario, l’Ontario Field Ornithologists et Ontario Nature. C’est grâce à ces solides alliances et aux contributions exceptionnelles de milliers de bénévoles que nous pouvons nous réjouir concernant les oiseaux nicheurs de l’Ontario, entre autres l’Oriole des vergers. Ces données contribueront également à renforcer les fondements scientifiques qui serviront à mettre en place des mesures de conservation aviaire fondées sur des données probantes, face à la perte importante d’habitats et au déclin des populations. Les publications imprimées et numériques de l’Atlas-3 seront disponibles à l’automne 2027. Vous pouvez soutenir directement la conservation aviaire en faisant un don au profit de l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario par le biais de ce lien sécurisé.

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