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Par Amanda Bichel, coordonnatrice – Zones clés pour la biodiversité
Quand je repense à l’année écoulée, l’un des moments forts pour moi a été mes visites de zones clés pour la biodiversité (KBA) en Alberta et en Colombie-Britannique. En tant que coordinatrice du programme des KBA, j’ai passé beaucoup de temps à étudier ces zones sur des cartes et à réfléchir aux espèces qu’elles abritent. C’est donc peu dire que le fait de voir ces paysages et leur incroyable biodiversité de mes propres yeux a été une expérience spectaculaire.
Les KBA sont des sites qui contribuent à la préservation de la biodiversité à l’échelle nationale et mondiale. Ces zones abritent généralement des espèces et des écosystèmes rares et en péril, ainsi que des processus naturels essentiels (comme les migrations). Je vous invite à m’accompagner dans mes souvenirs de mon aventure pour découvrir les éléments marquants et les espèces qui rendent chacun de ces endroits si importants et spéciaux. Vous trouverez ci-dessous une carte, au cas où la perspective d’un voyage similaire en 2026 vous séduirait!
La Colombie-Britannique
En mai, je suis allée rencontrer de passionnés et dévoués bénévoles et membres du personnel d’Oiseaux Canada dans la KBA de Skookumchuck Prairie, en Colombie-Britannique, pour participer à un relevé dans l’ensemble de la zone. J’ai vécu une journée extraordinaire. La KBA a été désignée à cause du Pic de Lewis, un oiseau qui niche dans des pins ponderosa creux et brûlés. Nous avons trouvé un arbre avec deux cavités de nidification et observé ces pics au plumage vert foncé et rose (oui, vous avez bien lu!) voleter gracieusement et gober des insectes entre les arbres. Sous ces mêmes arbres, dans les prairies à herbes courtes, j’ai été ravie d’apercevoir un «primecoche» pour moi (une espèce que je n’avais jamais vue auparavant): le Courlis à long bec. Cet oiseau de rivage géant est magnifique, presque irréel en raison de son long bec courbé qu’il utilise pour picorer le sol à la recherche d’insectes. Je n’oublierai jamais les cris fantomatiques des courlis, semblables à ceux des mouettes, que j’ai entendus pendant le relevé.

Courlis à long bec. Photo : Kris Cu

Pic de Lewis. Photo : Ian Routley
L’Alberta
Le début du mois d’août a été marqué par la présence de nombreux oisillons. Ma première étape a été la KBA de Frank Lake (South), à environ 50 km au sud de Calgary, où j’ai observé un Grèbe à cou noir nourrir son petit et le porter sur son dos. Puis, un jeune Bihoreau gris maladroit a surgi des roseaux!

Grèbe à cou noir. Photo : Deborah MacEwen
Plus loin, j’ai campé dans la KBA de Writing-on-Stone, à l’aspect préhistorique. Située tout au sud, près de la frontière américaine, c’est sans conteste mon nouvel endroit préféré en Alberta. Dans ce parc, on se sent transporté dans un lieu mystique et historique. On comprend facilement pourquoi les peuples autochtones considèrent ce paysage comme sacré depuis des milliers d’années. La rivière Milk abrite deux espèces de poissons menacées, et les coulées arbustives environnantes accueillent la moitié de la population canadienne de l’Amiral de Weidemeyer, une espèce de papillon. J’ai éprouvé un grand plaisir à marcher le long des cheminées de fées (hoodoos) tôt le matin, écouter des poussins de Tohis tachetés apprendre à chanter et observer les Tyrans tritris et de l’Ouest, ainsi que les Piouis de l’Ouest nourrir leurs petits. Mon moment préféré (et le plus mignon) a été lorsqu’un petit Troglodyte des rochers s’est envolé pour m’observer, confortablement installé et en sûreté, par une petite ouverture sous un rocher.

KBA de Writing-on-Stone. Photo : Amanda Bichel
Par la suite, en direction de l’est, j’ai aperçu un Crotale de l’Ouest et de nombreux oiseaux des prairies dans la KBA de Onefour-Lost River–Sage Creek, une autre zone extrêmement importante pour cet habitat. L’observation des oiseaux depuis le bord de la route était phénoménale! Les quatre passereaux pour lesquels les lieux ont reçu la désignation de KBA se sont manifestés: le Plectrophane à ventre noir, le Pipit de Sprague et deux espèces que je n’avais jamais vues auparavant, le Plectrophane à ventre gris et le Bruant noir et blanc! Il y avait aussi des Buses rouilleuses et des Engoulevents d’Amérique qui volaient dans les environs; celui-ci m’a laissé m’approcher tout près.

Engoulevent d’Amérique. Photo : Amanda Bichel
Dans la KBA de Cypress Hills, qui chevauche la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan, la diversité de la faune et de la flore est immédiatement perceptible. Au cours d’une randonnée à travers les forêts, les zones arbustives et les prairies, j’ai vu plus de papillons que je ne pouvais en photographier (j’ai essayé!). Cette KBA compte 13 espèces d’aubépines, dont neuf sont menacées ou ont une aire de répartition limitée. Ces plantes fournissent du nectar et un habitat aux papillons.

Euphydryas anicia au Cypress Hills, en Alberta. Photo : Jody Allair
Retournons au Colombie-Britannique!
Plus tard en août, mon fils et moi avons pris la route vers l’ouest pour explorer les KBA de la côte du Pacifique. La KBA de l’estuaire du fleuve Fraser vaut sa désignation à la présence de 11 espèces d’oiseaux et revêt une importance bien plus grande encore, notamment à cause des grands rassemblements d’oiseaux et des espèces en péril. La visite d’une forêt pluviale côtière nous a donné un petit aperçu de cette KBA, un territoire complexe et riche en espèces.

Grand pic. Photo : Amanda Bichel
Nous avons poursuivi notre route vers Victoria, en Colombie-Britannique. Pendant une excursion d’observation des baleines, j’ai été étonnée d’entendre notre guide mentionner le statut de conservation de la KBA de XwaYen-Race Rocks, ce qui m’a rendue fière et heureuse de voir le lien avec le travail que nous faisons chez Oiseaux Canada. Pendant ce temps, mon fils courait avec enthousiasme d’un côté à l’autre du bateau, montrant les SEIZE Rorquals à bosse qui nageaient autour de nous. Malheureusement, même si le site renferme la seule colonie de reproduction d’Éléphants de mer boréaux au Canada, nous n’en avons vu aucun. Toutefois, il y avait de nombreuses Otaries de Steller; si vous n’avez jamais entendu leur voix, écoutez-les!

KBA de XwaYen-Race Rocks. Photo : Amanda Bichel
Alors que nous approchions du rivage, j’ai aperçu un oiseau bien camouflé parmi les pierres, qu’il retournait à la recherche de proies: le bien nommé Tournepierre noir!
Notre dernière étape était Fort Rodd Hill, une KBA plutôt particulière. Au milieu des garnisons, vous vous retrouvez soudainement à marcher dans un peuplement préservé de chênes de Garry, un des écosystèmes les plus menacés au Canada, qui abrite près de 700 espèces végétales! Cela nous rappelle que les KBA peuvent se trouver n’importe où et que la biodiversité peut s’observer dans des endroits inattendus.

Fort Rodd Hill. Photo : Amanda Bichel
Pendant un seul court été, j’ai eu la chance de découvrir une grande biodiversité simplement en visitant quelques KBA. Si vous le pouvez, je vous encourage à visiter la KBA la plus proche pour découvrir la faune et la flore dont l’habitat est indispensable à leur survie.
Le programme des KBA du Canada est une initiative conjointe d’Oiseaux Canada, de NatureServe Canada, et de la Wildlife Conservation Society (WCS) Canada.

