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Par Ellen Jakubowski, spécialiste en communications, Études d’Oiseaux Canada


Pic à dos noir Photo : Yann Rochepault

Junior A. Tremblay, Ph. D., est engagé dans une fascinante étude des incidences possibles des changements climatiques sur les oiseaux boréaux. Nous nous sommes entretenus avec lui au sujet d’une étude portant sur le Pic à dos noir dans le centre du Québec dont les résultats ont été publiés en 2018. M. Tremblay a mené cette étude en collaboration avec son équipe à Environnement et Changement climatique Canada et des collègues de Ressources naturelles Canada.
Le Pic à dos noir est une espèce résidente des peuplements anciens de la forêt boréale. Il est considéré comme une espèce représentative en ce qui touche la biodiversité dans son habitat, car il existe une concordance entre ses effectifs et la richesse en espèces d’oiseaux forestiers. Ce pic pourrait être en péril sous l’influence des changements climatiques, et son habitat dans l’aire d’étude est soumis aux pressions exercées par l’exploitation forestière commerciale. Comme le Pic à dos noir recherche sa nourriture sur le bois mort depuis peu, il tire avantage des zones récemment rasées par des incendies de forêt.
On s’attend à ce que les feux de forêt augmentent en fréquence et en intensité sous l’influence des changements climatiques, ce qui, semble-t-il, serait bénéfique pour le Pic à dos noir. Or la situation est plus complexe qu’il n’y parait selon des chercheurs. Ces derniers ont utilisé un modèle de simulation de paysages forestiers pour déterminer comment la forêt pourrait changer en réaction à différents scénarios de forçage climatique d’origine anthropique (c.-à-d. des voies plausibles de changement du climat en fonction de la quantité de gaz à effet de serre émise dans l’avenir). Ils ont également pris en compte les taux d’exploitation forestière issus de données récoltées entre 1980 et 2000.
Selon les projections de l’équipe de chercheurs, l’exploitation forestière aurait un plus grand effet que les changements climatiques sur la productivité du Pic à dos noir d’ici à 2080. Par ailleurs, les projections laissent appréhender une baisse générale de 81 à 92% (selon le scénario climatique) de la productivité de l’espèce causée par les changements climatiques et l’exploitation forestière d’ici à 2100. L’augmentation du nombre d’incendies de forêt aurait initialement une incidence positive sur la productivité, mais à un certain point dans le temps, l’effet contraire serait observé car un grand nombre de vieux conifères seraient perdus à la suite de feux et de la coupe et seraient vraisemblablement remplacés par des feuillus plus jeunes qui conviendraient moins aux pics. Il apparaît que les changements climatiques, dans l’ensemble, seraient probablement néfastes pour le Pic à dos noir.
Ce qu’il importe de retenir est que, dans tous les cas, les répercussions combinées de l’exploitation forestière et des changements climatiques seront plus dévastatrices pour les pics que celles de chacun de ces facteurs considéré séparément. Si l’on peut réduire la pression exercée par l’exploitation forestière sur les peuplements de conifères, le Pic à dos noir aurait plus de chance de s’adapter aux effets des changements climatiques dans la mesure où il le peut. Par conséquent, les auteurs de l’étude recommandent que les experts-forestiers mettent en œuvre des pratiques maximisant la rétention des vieux conifères de grande taille, par exemple des stratégies de coupe partielle ou la coupe d’arbres de différentes essences au lieu se concentrer exclusivement sur les bois mous. Cela serait plus que bénéfique pour les pics face aux effets des changements climatiques. En planifiant au départ la rétention d’un couvert forestier âgé dans un paysage pourrait aussi aider les forestiers à éviter les pénuries face à l’augmentation de la fréquence des feux de forêt, car ces couverts forestiers offrent davantage de possibilités d’aménagement que ceux qui sont dominés par des arbres plus jeunes. Ces pratiques seraient également bénéfiques pour beaucoup d’autres espèces boréales.
M. Tremblay poursuit ses recherches sur les changements climatiques et les oiseaux boréaux. Vous pouvez prendre connaissance de ses travaux à l’adresse researchgate.net/profile/Junior_Tremblay (en anglais).
L’article cité en référence ici est accessible en ligne gratuitement (en anglais) :
Tremblay, J.A., Boulanger, Y., Cyr, D., et al. 2018. Harvesting interacts with climate change to affect future habitat quality of a focal species in eastern Canada’s boreal forest. PLOS ONE.


Junior Tremblay observe un nid de Pic à dos noir Photo : Junior Tremblay
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