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Par Jody Allair, Directeur des communications

Photo : Missy Mandel
Peu d’oiseaux au Canada suscitent autant d’enthousiasme et de curiosité que le Gros-bec errant. Jeune ornithologue amateur ayant grandi à Peterborough, en Ontario, je savais bien que des bandes de cet oiseau aux couleurs éclatantes visitaient régulièrement la région du Bouclier canadien en hiver, en particulier autour des mangeoires à oiseaux. Leurs cris perçants, leur plumage éclatant, leurs mimiques saisissantes et leur bec imposant se combinaient pour créer un spectacle merveilleux.
Au cours des dernières décennies, notre rapport avec les Gros-becs errants a changé. Leurs visites régulières en hiver près de chez moi, dans le sud de l’Ontario, sont devenues moins fréquentes, et les ornithologues amateurs du sud du Manitoba, du Québec et des Maritimes ont remarqué la même chose. Les irruptions (déplacements d’oiseaux hors de leur aire de répartition habituelle à la recherche de nourriture) des Gros-becs errants sont devenues moins fréquentes, ne se produisant plus que tous les deux, cinq, voire dix ans. Il en est résulté un sentiment de perte, comme si on nous privait de quelque chose de vraiment spécial. À l’époque, moi-même et beaucoup d’autres qui s’étaient habitués à la présence de troupes de Gros-becs errants pendant la saison froide ne comprenions pas vraiment ce qui se passait. Pourquoi en voyions-nous moins? Et pourquoi ces incursions hivernales étaient-elles moins fréquentes?
Les Gros-becs errants sont largement répandus au Canada, depuis la côte du Pacifique à l’ouest jusqu’à la frontière du Yukon au nord et à la côte atlantique à l’est. Nous assistons actuellement à une irruption de cette espèce dans le centre et l’est du Canada. Alors, avec cette espèce encore fraîche dans l’esprit de nombreux Canadiens, quelle meilleure façon de rendre hommage à cet oiseau qui captive tant l’imagination et d’en apprendre davantage à son sujet que d’en faire notre ambassadeur aviaire pour 2026?
Carte de répartition du Gros-bec errant d’après les données d’abondance d’eBird. Photo : NatureCounts
Cycle biologique
Mais apprenons à mieux connaître cet oiseau captivant. Pour commencer, c’est un membre de la famille des Fringillidés, l’un des plus gros au Canada (20 cm de long et 60 grammes, soit à peu près la taille d’une balle de tennis) juste après le Durbec des sapins. Il est très facile à reconnaître, le mâle ayant la tête, le haut du dos, la queue et la poitrine noirs, qui se fondent harmonieusement dans le jaune vif du bas du dos et du dessous du corps. Le mâle a également un large sourcil jaune vif. L’espèce présente un fort dimorphisme sexuel, ce qui signifie que les mâles et les femelles ne se ressemblent pas du tout. Et malgré toute l’attention que reçoivent les mâles (à juste titre), les femelles sont tout aussi magnifiques, avec leur plumage argenté brillant rehaussé de jaune pâle sur la nuque et le haut de la poitrine et leurs taches blanches sur les ailes et la queue. Les oiseaux des deux sexes ont un bec conique massif distinctif.

Gros-bec errant mâle. Photo : Nina Stavlund

Gros-bec errant femelle. Photo : May Haga
Au Canada, les Gros-becs errants vivent dans les forêts boréales, montagnardes et mixtes du nord. Selon le rapport intitulé L’état des populations d’oiseaux du Canada, les effectifs au pays représentent environ les deux tiers de la population mondiale, ce qui nous rend particulièrement responsables de leur protection. Aux États-Unis, on les trouve dans le nord-est et par endroits dans la région montagneuse de l’Ouest, jusqu’au centre du Mexique. Pendant les mois d’hiver, ils se nourrissent d’une grande variété de graines et de fruits, notamment ceux du cerisier de Pennsylvanie, des ailes de disamares d’érables à Giguère et, bien sûr, des graines de tournesol, qu’ils consomment parfois à la tonne dans les mangeoires! Pendant la saison de reproduction, les Gros-becs errants se nourrissent d’insectes, avec une préférence pour les chenilles, en particulier les tordeuses des bourgeons de l’épinette lors des infestations.
La période de nidification s’étend du début de juin à août. Les femelles pondent généralement entre deux et cinq œufs dans un nid assez peu structuré, construit en hauteur dans un arbre ou un grand arbuste. La période d’incubation jusqu’à l’envol des oisillons dure environ un mois et, selon la disponibilité de la nourriture, l’espèce peut produire deux couvées.
L’étroite relation de l’espèce avec les sources de nourriture disponibles, en particulier la tordeuse des bourgeons de l’épinette, est l’un des principaux facteurs à l’origine des irruptions. Lorsque des infestations massives de tordeuses se produisent dans la forêt boréale, ces oiseaux se rassemblent et se reproduisent abondamment. Ces périodes de reproduction sont généralement suivies d’irruptions pendant les mois d’hiver, au cours desquelles les oiseaux partent à la recherche de nourriture. Il est intéressant de noter qu’un phénomène similaire, lié à la taille des populations et aux sources de nourriture préférées, est observé chez de nombreux fringillidés en hiver.

Photo : Graham Sorenson
Conservation
Selon notre rapport intitulé L’état des populations d’oiseaux du Canada, produit conjointement avec Environnement et Changement climatique Canada, le Canada accueille environ les deux tiers de la population mondiale du Gros-bec errant, ce qui nous rend redevables pour sa protection.
Il existe plusieurs programmes de suivi des populations d’oiseaux dans le cadre desquels des observateurs bénévoles recueillent de précieuses données sur les tendances démographiques de cette espèce, notamment le Projet FeederWatch, le Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) et le Recensement des oiseaux de Noël (RON). Dans l’ensemble, on a enregistré une importante baisse des effectifs dans tout le Canada depuis 1970, de 83% selon le BBS et de 94% selon le RON. Fait intéressant, la tendance observée dans le cadre du BBS entre 2012 et 2022 montre en réalité une stabilisation de la population. Reste à voir s’il s’agit d’une pause temporaire dans le déclin des effectifs ou du début d’une tendance positive. Vous pouvez soutenir le Gros-bec errant en participant à des programmes de surveillance comme ces derniers, par exemple le Projet Feederwatch, qui est en cours jusqu’à la fin d’avril 2026.
Évolution démographique du Gros-bec errant (Relevé des oiseaux nicheurs) par NatureCounts.
Les raisons du déclin des effectifs des Gros-becs errants ne sont pas encore tout à fait claires. La perte et la modification de leur habitat, le déclin des populations d’insectes (en particulier les cycles démographiques de la tordeuse des bourgeons de l’épinette), les facteurs liés aux changements climatiques et les collisions avec ses fenêtres et des véhicules, surtout en hiver quand ils sont en grands groupes, peuvent tous être des facteurs contributifs. L’espèce est actuellement désignée préoccupante au titre de la Loi sur les espèces en péril du Canada.
Le saviez-vous?
- Les gros-becs errants effectuent une mue complète (un remplacement complet de leurs plumes) une seule fois par an, vers la fin de la saison de reproduction, et leur apparence ne change pas beaucoup (franchement, pourquoi changer quand on est déjà super sexy tout le temps?), contrairement à celle d’autres passereaux comme les parulines. Leur bec fait toutefois exception. Juste avant le début de la période de reproduction, il change de couleur, passant du jaune à une étonnante teinte vert lime pâle.
- Les biologistes ont recensé cinq types distincts de Gros-becs errants, dont deux (les types 1 et 3) sont représentés au Canada. Les individus du type 1 sont présents depuis les Rocheuses canadiennes jusque dans le sud de la Colombie-Britannique. Les individus du type 3 vivent généralement à l’est des Rocheuses canadiennes, depuis les forêts boréales du nord-est de la Colombie-Britannique jusqu’à Terre-Neuve. Ces derniers se distinguent par leurs importantes irruptions dans l’est du Canada (et même jusque dans le sud-est des États-Unis les années de migrations massives). Les types se distinguent principalement par l’habitat et la voix, mais il semble également exister des différences quant à la taille du bec.
- Le Gros-bec errant émet un kli-ip perçant et tintant, mais chaque type présente un accent légèrement différent. Les biologistes du Finch Research Network étudient les cris afin d’en savoir plus sur les différents types de l’espèce. Vous pouvez les aider en téléversant vos enregistrements sonores sur eBird ou Xeno-Canto.
- Le nom anglais de l’espèce, Evening Grosbeak, tire son origine d’une fausse croyance selon laquelle cet oiseau ne chanterait que le soir. Le nom français, Gros-bec errant, est sans doute plus approprié.
Cet oiseau au magnifique plumage a marqué la vie de nombreux ornithologues amateurs et propriétaires de mangeoires à travers le pays. Tout au long de l’année, nous vous ferons découvrir des anecdotes, des projets de conservation et des chercheurs qui s’efforcent de mieux comprendre cet énigmatique fringillidé. Restez donc à l’affût (et à l’écoute) sur nos différentes antennes, notamment BirdWatch Canada, notre balado et nos réseaux sociaux. Entre-temps, n’hésitez pas à nous faire part de vos anecdotes et photos se rapportant au Gros-bec errant sur les réseaux sociaux.



