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Par Patrick Nadeau (président-directeur général, Oiseaux Canada), Ian Cook (gestionnaire – Conservation des prairies, Oiseaux Canada) et Ryan Beierbach (président, Table ronde canadienne sur le boeuf durable)

 

Cette lettre d’opinion à été publié dans The Hill Times le 5 décembre, 2022.

 

À la mi-décembre 2022, des délégués du monde entier se réuniront à Montréal pour renforcer leurs engagements au titre de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. Des idées audacieuses et des approches novatrices sont nécessaires pour stopper et inverser la perte de biodiversité. Les personnes réunies à Montréal devraient regarder vers l’Ouest. Tant les habitats des prairies que les éleveurs de bétail du Canada sont menacés. Pourtant, ensemble, ils peuvent jouer un rôle dans la résolution des crises de la perte de biodiversité et des changements climatiques.

Éviter la conversion des prairies en terres cultivées est la meilleure solution fondée sur la nature au Canada en ce qui touche la lutte aux changements climatiques; cela permet de conserver intact le précieux habitat des oiseaux des prairies. Ces oiseaux, comme la Chevêche des terriers, le Plectrophane à ventre noir et le Bruant de Baird, se raréfient plus rapidement que tout autre groupe aviaire en Amérique du Nord: leurs effectifs ont décliné de près de 57% depuis 1970. Les plus grandes populations d’espèces d’oiseaux des prairies menacées se trouvent sur les terres des ranchs où paissent des bovins. La préservation de ce qui reste de l’habitat des prairies est essentielle à leur survie et contribue à maintenir le rôle que jouent les oiseaux dans l’écosystème pour la lutte contre les insectes nuisibles et les rongeurs, tout en évitant un «effet domino» de la perte d’espèces.

Plectrophane à ventre noir Photo: Sean Jenniskens

Il est reconnu que l’élevage de bétail contribue à l’émission de gaz à effet de serre (2,4% des émissions totales du Canada) (Note: les pages Web citées dans ce paragraphe sont en anglais.), mais les prairies utilisées pour faire paître le bétail permettent également de conserver d’énormes quantités de carbone piégées dans les sols. La conversion des prairies en cultures libère une quantité considérable de carbone, tandis que le pâturage contribue à le retenir. Éviter la conversion des prairies indigènes est important pour la biodiversité et constitue la solution naturelle la plus efficace pour lutter contre les changements climatiques. Les prairies ont une valeur exceptionnelle pour le stockage du carbone; à raison de 80 à 200 tonnes par hectare, dont la majeure partie se trouve sous terre dans le système racinaire des plantes des prairies. La mise en culture des prairies libère un pourcentage considérable (30-55%) du carbone stocké.

La conversion à l’agriculture est attribuable en grande partie aux prix élevés des produits de base, qui rendent la culture commerciale plus viable [économiquement] que l’élevage pour beaucoup de producteurs. Cela ne veut pas dire que la culture de céréales est mauvaise (ou facile) – nous avons évidemment besoin de céréales! – mais les écarts importants en termes de risques et de revenus entre les systèmes de production basés sur le pâturage et les systèmes de production végétale font qu’il est difficile pour les producteurs de choisir de garder les prairies intactes. Mais, comme dans le cas de la toundra arctique ou des tourbières, le carbone doit rester dans le sol pour contribuer à atténuer les effets des changements climatiques.

Les prairies tempérées, comme celles des Prairies canadiennes, sont l’écosystème menacé le moins protégé de la planète. Les zones protégées telles que les parcs, les terres de fiducie foncière et les aires protégées et de conservation autochtones jouent un rôle clé dans la conservation. La majorité des prairies restantes sont des propriétés privées, et une protection formelle n’est généralement pas envisageable. Pour que cet écosystème continue de fonctionner, il faut des prairies à usages multiples qui produisent de la nourriture et favorisent la biodiversité.

En Saskatchewan, Tara Davidson et sa famille sont fières de faire paître leur bétail dans des prairies présentant une biodiversité naturelle. «La prairie indigène fournit bien plus que du fourrage à notre bétail. Nous procurons un habitat aux oiseaux des prairies, aux animaux sauvages, aux pollinisateurs et à des milliers d’autres espèces qui dépendent de cet écosystème, explique Tara. L’entretien et le pâturage des prairies permettent également d’accumuler du carbone, qui est émis lorsque les pâturages sont convertis à d’autres utilisations. Ces paysages sont essentiels pour la société car ils conservent la biodiversité, ils constituent un lien clé pour la séquestration du carbone et sont importants pour soutenir notre activité commerciale et notre mode de vie.»

Photo: Erica Alex

Les éleveurs tournés vers l’avenir s’efforcent de réduire l’empreinte écologique de la production de viande bovine dans l’intérêt de leurs familles, de la société et de l’environnement, ainsi que pour être concurrentiels sur un marché de plus en plus guidé par des choix environnementaux. Les consommateurs exigent des produits plus écologiques, ce qui incite les détaillants en alimentation et les entreprises de la chaîne d’approvisionnement à encourager les éleveurs à apporter des améliorations.

La Table ronde canadienne sur le boeuf durable fournit un cadre mondialement accepté pour l’amélioration continue de la durabilité qui couvre l’eau, le carbone, la biodiversité et d’autres valeurs. Oiseaux Canada utilise un nouvel outil, l’Indice de préservation de l’avifaune, pour mesurer les effets des mesures de conservation prises par les éleveurs sur la communauté des oiseaux des prairies.

La Table ronde, ainsi que ses membres provenant des secteurs de l’élevage, de la chaîne d’approvisionnement, du commerce de détail et des organismes non gouvernementaux, comme Oiseaux Canada, collaborent pour mettre un terme au déclin de la biodiversité, notamment des populations des oiseaux des prairies. En assurant la conservation des prairies canadiennes grâce à des pratiques de production bovine durables, des mesures pratiques sont prises pour faire face à la double crise mondiale de la perte de biodiversité et des changements climatiques. Mais nous ne pouvons pas y arriver seuls. Pour stopper et inverser la perte de biodiversité, nous avons besoin d’un engagement fort de la part de nos décideurs politiques aujourd’hui en vue de sauver nos prairies emblématiques ainsi que les oiseaux et les autres espèces sauvages qui en ont besoin pour leur survie.

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