Par Gwendolyn Clark, coordonnatrice des travaux de terrain – Surveillance des marais, et Jenna McDermott, biologiste – Programmes de l’Atlantique
Imaginez-vous enfoncé(e) jusqu’aux genoux dans les roseaux d’un marais près de chez vous. Vous comprendrez alors à quel point il peut être difficile de se déplacer dans ces endroits gorgés d’eau! Les marais sont des zones humides où le niveau d’eau monte et descend périodiquement. Ils se composent donc généralement d’une combinaison d’eaux peu profondes et de boue exposée. Les oiseaux qui ont élu domicile dans ces habitats doivent relever le défi de se nourrir, se déplacer et chasser tout en composant avec ces conditions boueuses et humides. Découvrez avec nous les incroyables adaptations qui leur permettent de prospérer dans ces habitats humides.
Ces oiseaux sont à pied d’oeuvre dans les marais
De nombreux oiseaux des marais passent beaucoup de temps au sol, se faufilant entre les épaisses touffes de roseaux. N’importe quel échassier terrestre (comme vous ou moi) aurait l’impression que la boue tente de l’aspirer. Comment les oiseaux des marais évitent-ils de s’enliser? Grâce à leurs doigts incroyablement longs!
Les râles sont les champions des oiseaux des marais à longs doigts! Les membres de cette famille d’oiseaux, comme la Marouette de Caroline et le Râle de Virginie, ont des doigts aussi longs que leurs tibias. Chez la plus grande espèce, le Râle élégant, ils peuvent atteindre 6 cm de long. Chez l’être humain, cela correspondrait à des orteils de plus de 20 cm de long! Les doigts allongés répartissent le poids de l’oiseau sur une plus grande surface, comme le feraient des raquettes. Cette adaptation est si efficace que les râles peuvent marcher sur des nénuphars flottants, presque comme s’ils marchaient sur l’eau!

Marouette de Caroline. Photo : aecole2010, CC BY 2.0. Remarque : La photo a été recadrée.
Palmés ou lobés?
Certains oiseaux des marais troquent la boue gluante contre une vie plus aquatique, mais se déplacer dans l’eau comporte ses propres défis. Pour nager habilement, les oiseaux aquatiques ont besoin de pieds qui leur confèrent une certaine puissance. Le plus connu est le pied palmé, propre aux canards et aux oies. Avec ses membranes épaisses qui s’étendent entre les orteils, le pied palmé est essentiellement une pagaie, parfaite pour les barboteurs et les plongeurs, comme les huards. Le problème est que les pieds palmés ne sont pas les plus maniables; ils sont tout simplement trop rigides. Pour résoudre ce problème, quelques oiseaux ont développé ce qui pourrait être le pied des plus bizarres, le pied lobé!

Grèbe à bec bigarré. Photo : cjmatheson. Remarque : La photo a été recadrée.
Le pied lobé comporte des orteils reliés par une membrane charnue qui le fait ressembler à une feuille. Parmi les oiseaux plongeurs, les pieds lobés sont présents surtout chez les grèbes. Leurs lobes charnus s’aplatissent lorsqu’ils se propulsent vers l’arrière, imitant ainsi les pieds palmés traditionnels et leur procurent une forte poussée. Grâce à cela, les grèbes naviguent avec puissance et précision sous l’eau dans les habitats marécageux encombrés. Cela s’avère très pratique lorsqu’ils poursuivent des poissons à travers la végétation submergée. C’est ce qu’on appelle l’art de pêcher!
Une autre habitante des marais a aussi les pieds lobés, c’est la Foulque d’Amérique. Ce qui est surprenant, car on pourrait croire que des pieds palmés lui conviendraient mieux, elle qui passe beaucoup de temps à flotter à la surface des étangs et des lacs. En fait, cet oiseau marche aussi beaucoup sur la terre ferme et dans la boue molle, où les pieds palmés sont peu pratiques. Avec ses pieds lobés, dont les membranes se replient lorsqu’elle marche, elle peut utiliser ses orteils pour bouger plus facilement. De plus, les lobes peuvent également s’étendre pour lui éviter de s’enfoncer dans les surfaces molles. La Foulque d’Amérique a vraiment trouvé chaussure à son pied!

Foulque d’Amérique par Frank King. Cornell Lab of Ornithology | Macaulay Library
Des machines redoutables
Les oiseaux des marais recourent à une incroyable variété de techniques de pêche. Certains plongent tête première, tandis que d’autres traquent leurs proies depuis les roseaux. L’une des techniques les plus spectaculaires est celle du plongeon en piqué, pratiquée par les rapaces. Le Balbuzard pêcheur, seul rapace du Canada spécialisé dans la pêche, est le champion incontesté de cette technique, et ses pieds dotés de serres en sont la preuve.

Balbuzard pêcheur. Photo : Caroline Legg. CC BY 2.0. Remarque : La photo a été recadrée.
Plongez!
Nous espérons que vous appréciez désormais les incroyables adaptations des oiseaux des marais. Si vous souhaitez en savoir plus, pourquoi ne pas jeter un œil à l’Opération marais? Ce programme pour débutants vous permettra d’identifier les oiseaux et les amphibiens des zones humides comme des pros en un rien de temps! Et si le bénévolat vous attire, vous pouvez participer à notre Programme de surveillance des marais pour observer ces oiseaux extraordinaires.
Vous aimeriez en savoir plus? Le récent épisode de notre balado, «The Warblers» (en anglais), met en vedette Gwendolyn Clark, notre coordonnatrice des travaux de terrain – Surveillance des marais, qui parle des adaptations des animaux des milieux humides. Pour l’écouter, cliquez ici ou utilisez votre diffuseur de balados préféré.
