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Par Heather Polowyk, biologiste – Conservation des insectivores aériens (région de l’Atlantique)

 

Le printemps est dans l’air, comme les oiseaux! Les Hirondelles de rivage reviennent chez nous depuis l’Amérique du Sud pour se reproduire. En cette période de l’année, nous sommes à la fois enthousiastes et un peu nerveux alors que nous préparons une nouvelle saison de surveillance des colonies. 

La saison 2025 du Programme de suivi des Hirondelles de rivage du Canada atlantique a été fructueuse! Nous avons parcouru au total 664 kilomètres le long d’habitats de nidification dans les quatre provinces et recensé plus de 5500 individus et 16 000 terriers dans 386 colonies. 

L’importance des mosaïques paysagères

Les Hirondelles de rivage utilisent divers habitats pour nicher, mais ceux-ci ont tous un point commun: des pentes quasi verticales composées de terre ou de sable meuble. Cela leur permet de creuser des terriers de 60 à 90 cm de long, au fond desquels elles construisent un nid pour pondre leurs œufs. Leurs habitats de nidification sont variés: falaises côtières, dunes de sable, rives de cours d’eau et de lacs, et même carrières et sablières. 

Les Hirondelles de rivage passent leurs nuits dans des zones humides. En Nouvelle-Écosse seulement, on recense plus de 35 000 milieux humides d’eau douce. Elles recherchent leur nourriture dans ces milieux et d’autres habitats où l’on trouve des insectes, comme les terres agricoles. 

Il peut être difficile de repérer ces hirondelles pour diverses raisons: la multitude de sites de reproduction potentiels et la grande diversité des habitats de repos et d’alimentation, qui peuvent se trouver jusqu’à 35 km de la colonie. 

Même si nous avons une idée des habitats prisés par les Hirondelles de rivage, les détails nous échappent. Pourquoi nichent-elles à tel endroit plutôt qu’ailleurs? Quelle végétation préfèrent-elles pour se reposer dans les zones humides? Ont-elles une préférence particulière quant à l’étendue de ces zones? Quelles zones fréquentent-elles le plus? Voilà les questions auxquelles nous essayons de répondre. 

Photo : Heather Polowyk

Une démarche collective 

Le suivi des populations nicheuses d’Hirondelles de rivage dans les quatre provinces de l’Atlantique n’est pas une mince affaire, et nous ne le faisons pas seuls! La collaboration, la planification de la conservation et le partage des connaissances jouent tous un rôle essentiel dans la préservation de l’espèce. C’est là qu’intervient le Groupe de travail sur la conservation de l’Hirondelle de rivage dans la région atlantique du Canada. 

Depuis 2021, le Groupe de travail, dirigé par Oiseaux Canada, a réuni plus de 40 partenaires engagés — des communautés et organisations autochtones, des organisations environnementales sans but lucratif, des ministères et des bénévoles. Nous partageons un objectif commun et la vision de communautés œuvrant ensemble pour la conservation de l’Hirondelle de rivage. 

Photo : Robert Shortall

Une espèce discrète en péril 

Comparée à d’autres oiseaux, l’Hirondelle de rivage est plutôt discrète, avec son dos brun, son ventre blanc et une large bande brune sur la poitrine. Elle fait partie des insectivores aériens, les oiseaux qui se nourrissent d’insectes en vol. Ce groupe comprend les martinets, les hirondelles, les engoulevents et les moucherolles. Les populations d’insectivores aériens ont diminué de 43% au Canada depuis 1970. 

L’Hirondelle de rivage est désignée espèce menacée au pays au titre de la Loi sur les espèces en péril du Canada: ses effectifs ont chuté de 95% depuis 1970. Les causes du déclin sont la perte d’habitats, les changements climatiques et la chute des populations d’insectes à l’échelle mondiale. Il est donc essentiel d’investir dans la conservation de cette espèce. 

Photo : Yousif Attia

Un travail de surveillance

 

Ensemble, nous surveillons l’habitat de nidification de l’Hirondelle de rivage depuis 2023, en suivant un protocole précis. Les parcours de surveillance s’étendent sur des distances allant de 100 m à 10 km le long de tout habitat de nidification potentiel. Pour certains, cela s’apparente à une promenade sur la plage, les yeux rivés sur les falaises côtières sablonneuses, à la recherche des hirondelles volant en piqué et des entrées sombres de leurs terriers. Pour d’autres, il faut rouler sur de vieux chemins cahoteux et marcher au pied de talus escarpés pour noter la hauteur en mètres des talus de terre ou de sable pouvant servir d’habitat de nidification. 

Il s’agit de compter les hirondelles et/ou leurs terriers. S’il y a 50 mètres ou moins d’habitat potentiel entre deux terriers, nous considérons qu’il s’agit d’une nouvelle colonie. Le long d’un parcours de surveillance donné, il peut y avoir plusieurs colonies ou n’y en avoir aucune. L’érosion constante – à des degrés divers – joue un rôle important. De violentes tempêtes peuvent rendre un habitat de nidification inapproprié en une seule journée, un mois ou une année. Notre protocole est conçu pour suivre ces changements d’habitat et les déplacements des colonies au fil du temps.  

En 2025, nous avons instauré un protocole de surveillance des sites de repos (dortoirs) des Hirondelles de rivage. Grâce à des observateurs bénévoles ou à des enregistreurs sonores autonomes, nous repérons les zones humides situées dans un rayon de 35 km autour des colonies de reproduction pour écouter les hirondelles à l’aube et au crépuscule. À ce jour, nous avons surveillé 12 zones humides et entendu des hirondelles dans quatre d’entre elles. Dans chaque cas, nous prenons des notes sur la végétation, la superficie des plans d’eau et d’autres caractéristiques de l’habitat pour mieux comprendre ce qui constitue un bon site de repos.  

Photo : Robert Shortall

Vous pouvez agir 

Malgré tous nos efforts pour protéger les Hirondelles de rivage, ce sont les propriétaires de terres privées qui peuvent le mieux agir! Environ 70% de la Nouvelle-Écosse (page en anglais) et 88% de l’Île-du-Prince-Édouard (page en anglais) sont des propriétés privées. Découvrez comment vous pouvez être un bon protecteur de l’espèce et agir pour contribuer à sa préservation. C’est en unissant nos forces que les efforts de conservation sont les plus efficaces! Nous attendons avec impatience la saison de terrain 2026; nous continuerons d’intensifier nos efforts de recherche et de surveillance.  

Photo : Robert Shortall
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