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Par Pete Davidson, vice-président – Science et Surveillance, Oiseaux Canada
«Une tigrée dans le peuplier (lance-t-il en pointant vers la gauche)! Une poitrine baie dans le saule! Une rayée dans les pins derrière!» C’est un matin animé de mai dans le boisé verdoyant de l’Observatoire d’oiseaux de Long Point (OOLP). Nous sommes guidés à travers le paysage sonore des chants doux et aigus des parulines, qui nous semblent tous exactement pareils. Qui est ce gars? «Oh, c’est Stu, le gardien de l’observatoire.» Waouh, quel talent!, me dis-je. Peu de gens ont la capacité d’interpréter instantanément le langage cryptique, voire musical, des chants des parulines pour les identifier sans les voir. Plus tard dans la journée, Stu se trouve près de sa voiture avec sa lunette d’approche. Tous deux sont couverts de badges, d’autocollants et de souvenirs provenant d’observatoires d’oiseaux et d’aventures ornithologiques à travers le monde. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que l’ornithologie est au cœur même de l’existence de Stu Mackenzie.

Photo : Matt Fuirst
Ayant grandi dans les environs de Hamilton, Stu a découvert l’observatoire d’Oiseaux Canada à la station Old Cut lors d’un voyage familial en mai, alors qu’il avait six ans. À l’âge de 13 ans, il a été invité à participer à l’atelier Doug Tarry pour jeunes ornithologues de l’OOLP. C’est là que son destin s’est scellé. Stu est revenu chaque année comme bénévole jusqu’à ce qu’il commence sa carrière chez Oiseaux Canada, en 2001, alors qu’il était étudiant de premier cycle à l’Université de Guelph. Il était alors biologiste saisonnier travaillant sur les Parulines à capuchon et orangées, et guide d’excursions ornithologiques à Long Point. En 2004, dès l’obtention de son diplôme, il est devenu coordonnateur à temps plein des programmes sur les oiseaux terrestres. Ce nouveau rôle consistait à diriger les trois stations de recherche de l’OOLP et à gérer le Programme de formation de Latino-Américains et l’Atelier Doug Tarry pour jeunes ornithologues. Depuis, il a travaillé sans relâche pour développer l’OOLP et en faire un centre de recherche, de formation et d’éducation de classe mondiale.
Sa passion pour les migrations aviaires à Long Point était déjà bien ancrée, il était spécialiste de l’écologie des migrations bien avant que ce concept ne soit inventé, et cela allait mener Stu et notre organisation sur un chemin que nous n’aurions jamais pu nous imaginer. Stu s’est associé à Phil Taylor, Ph. D., de l’Université Acadia et à Chris Guglielmo, Ph. D., de l’Université Western pour faire ses études de maîtrise, examinant comment les Grives à dos olive et solitaires et les Parulines bleues utilisent la région de Long Point comme escale pendant leur migration.

Grive à dos olive. Photo : May Haga
Mais c’est la manière dont il s’y est pris qui était vraiment révolutionnaire. Avec Phil, Chris et d’autres collaborateurs, il a testé l’application d’une ancienne technologie de suivi de la faune sauvage, la radiotélémétrie, d’une manière totalement nouvelle. Ce fut le début de quelque chose de vraiment grand: la première démonstration de faisabilité qui a conduit à la création du Système de surveillance faunique Motus. En un peu plus d’une décennie, ce système est devenu une communauté de plus de 3000 personnes réparties dans 34 pays, qui suit plus de 60 000 oiseaux, chauves-souris et gros insectes de 475 espèces par le biais de 1000 projets de recherche utilisant 2350 stations de réception actives, et qui publie un nouvel article scientifique toutes les deux semaines.
Stu est au cœur de Motus depuis le premier jour; il a orchestré sa croissance pour en faire l’un des plus grands réseaux collaboratifs de recherche et d’infrastructure du monde, ainsi que la plus grande base de données ouvertes sur les mouvements d’animaux. Ses exploits avec Motus et d’autres projets de formation et d’écologie des migrations l’ont conduit à l’extrême ouest de l’Alaska pour documenter les longs voyages des Parulines rayées, puis à l’étude de l’écologie des oiseaux de rivage sur la côte de la baie James, dans les Caraïbes, au Mexique et en Amérique centrale, jusqu’à la pointe extrême de l’Amérique du Sud pour étudier les besoins du Bécasseau maubèche et de la Barge hudsonienne en hivernage. Une prouesse phénoménale!

Paruline rayée munie d’un géolocalisateur à Nome, en Alaska. Photo : Stu Mackenzie
Stu est un bourreau de travail doté d’une endurance extraordinaire, associée à la capacité inhabituelle de faire trois choses à la fois, par exemple observer les oiseaux, réparer un moteur de bateau, rédiger un article scientifique (il en a coécrit au moins 30) ou une demande de subvention (j’ai perdu le compte!), et mener tout cela à bien. Il ne cesse jamais d’observer les oiseaux, même dans son sommeil. En effet, il renonce régulièrement à dormir pour le faire. Les «Big Days», une épreuve d’endurance ultime qui consiste à enregistrer le plus grand nombre d’espèces possible en 24 heures, ont sans aucun doute contribué à développer cette endurance. Et d’une manière ou d’une autre, il parvient toujours à rendre ces épreuves amusantes. Il a battu des records et remporté des prix dans le monde entier grâce à ce passe-temps unique. Plus impressionnant encore, son Birdathon annuel, qu’il a commencé à l’âge de 12 ans, lui a permis d’amasser personnellement des centaines de milliers de dollars pour la recherche, la conservation et l’éducation aviaires, tout en touchant des milliers de communautés à travers le monde avec des messages positifs sur ce qu’il est possible de réaliser. Sa loyauté et son dévouement à notre mission et à nos racines, combinés à son esprit d’entreprise naturel, à son amour de la culture de l’observation des oiseaux et à ses relations partout dans le monde, ont joué un rôle clé dans le rayonnement actuel de l’Observatoire d’oiseaux de Long Point et d’Oiseaux Canada.

Le Birdathon de la famille Mackenzie 2023. Photo : Stu Mackenzie
On ne se douterait jamais que notre homme est introverti de nature, tant sa passion pour les oiseaux et son lieu de vie transparaît toujours. Certains affichent leurs sentiments ouvertement; Stu, lui, affiche Long Point sur son cœur, littéralement (sous la forme d’un tatouage). Lui et sa famille – Laura, Llewella, Ewan et leur chien Alba – sont des membres aimés et respectés de la communauté. Il n’a pas son pareil pour partager ses connaissances approfondies sur les oiseaux, la migration et les innombrables liens dont Long Point est la source. Stu est non seulement l’ambassadeur d’Oiseaux Canada à Long Point, mais il est aussi l’ambassadeur de Long Point au Canada et dans le reste du monde. Chapeau, Stu Mackenzie!

