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La découverte d’un nid d’oiseaux peut être un événement hors de l’ordinaire. Les nids des passereaux (oiseaux chanteurs) sont à la fois délicats et confortables, et c’est une sorte de privilège que de voir leurs occupants. Si vous avez la chance de voir un nid, il est important d’éviter de déranger les oiseaux. C’est également une occasion pour vous de participer à un programme de science citoyenne très intéressant, le Programme de suivi des nids d’oiseaux.

Nous avons été ravis de lire le récit d’un habitant de Powell River, en Colombie-Britannique, qui a découvert et observé un nid de Solitaires de Townsend. Cette découverte est remarquable vu que ces oiseaux nichent généralement dans des forêts de conifères en altitude, et leurs nids sont souvent très difficiles à détecter car ils sont cachés dans de petits creux sur des berges, sous des souches ou des roches, ou au pied d’arbres.

UN NID DE SOLITAIRES DE TOWNSEND

Par Clyde Burton

 

Ma femme, Peggy, et moi sommes toujours à la recherche d’animaux sauvages. Nous parcourons les petites routes qui montent jusqu’à la chaîne des grands lacs derrière Powell River, où nous vivons. Nous voyons souvent des wapitis, des ours et des couguars. En tant qu’ornithologue amateur de longue date, je suis également à la recherche de tout ce qui vole. Malheureusement, l’exploitation forestière a chassé beaucoup d’oiseaux qui avaient l’habitude de hanter nos bois et nos espaces ouverts, mais parfois nous avons de la chance. Or le 4 juin 2020, la chance nous a souri.

Après de nombreux tournants depuis la route principale, nous sommes arrivés à une zone de coupe orientée vers le nord qui semblait être bonne pour la cueillette des airelles myrtilles que Peggy aime transformer en tartes et en confitures. J’ai remarqué deux Solitaires de Townsend adultes assis côte à côte sur une branche de deuxième pousse. Leur couleur grise était identique à celle de la branche. Ils étaient si immobiles qu’ils auraient pu en faire partie.

Je suis retourné au même endroit le lendemain et, immédiatement, un solitaire s’est envolé de la berge. Il devait y avoir un nid là. Et, bien sûr, il y en avait un. Il était sur une corniche à 5 m du fond du fossé, au bord de la route. J’ai remonté la route à pied sur 150 m et je suis revenu sur le plat au‑dessus du nid. J’ai regardé très lentement et prudemment par-dessus et j’ai vu le nid fait d’herbes et de mousse qui contenait quatre œufs mouchetés.

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J’ai attendu jusqu’au 17 juin, en espérant que les jeunes allaient éclore. J’avais bien choisi mon moment. Il y avait quatre jeunes dans le nid avec des plumes naissantes indiquant qu’ils étaient âgés d’environ deux ou trois jours. Les jeunes naissent nus mais, presque immédiatement, leurs plumes commencent à pousser, protégées par des cylindres cireux qui finissent par s’user.

Deux jours plus tard, j’ai vu les jeunes perchés sur une corniche à 10 cm au-dessus du nid. J’ai obtenu deux photos d’un adulte avec une baie rouge dans son bec pendant qu’une chevêchette appelait à 60 m de distance. Mauvaise nouvelle. J’avais peur qu’elle s’attaque aux adultes, laissant les jeunes mourir de faim.

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Le lendemain, il n’y avait aucun signe de la présence des adultes dans le secteur. Je pouvais voir les jeunes dans le nid depuis le camion et j’ai décidé de prendre quelques photos en contre-plongée. Tout allait bien. J’ai pris trois photos mais je ne suis resté que 20 secondes. Un adulte est apparu juste au moment où je suis parti.

Le jour suivant, depuis le camion, j’ai pris deux photos des jeunes encore dans le nid. Un adulte se trouvait à 200 m. Quelques plumes des petits commençaient à se libérer de leur protection cireuse.

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Le 27 juin, j’ai pris des photos de deux jeunes dans le nid, et deux ont effectué leur premier envol. Je suis revenu en début de soirée pour voir un adulte cueillir une airelle myrtille rouge et la donner à un jeune émancipé depuis peu qui était perché sur un rocher directement en dessous du nid. Peggy a repéré l’oiseau parce que la baie rouge brillait à travers son jabot. La plupart de ses plumes étaient libres, mais mélangées à des peluches. Les rectrices de tous les jeunes étaient plus longues que celles des membres du même âge de la famille des Turdidés, comme les merles ou les Grives fauves.

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Trois jours plus tard, à environ 200 m en haut du site, j’ai cueilli des airelles myrtilles. Le temps était couvert avec des éclaircies et la température était propice à la cueillette des baies. Lorsque j’en ai cueilli suffisamment, j’ai conduit lentement le camion jusqu’au nid. Sans sortir, je suis resté assis dans le camion pendant environ cinq minutes. De l’autre côté de la route, un adulte s’est posé sur un chablis à environ 50 m du site. En prenant des photos, j’ai pu voir le rouge des baies dans le jabot d’un jeune ayant pris son envol. Puis ce dernier s’est envolé vers le bas dans les décombres de pierres. Même si toutes les plumes naissantes ne sont pas libérées de leur gaine, les oiseaux peuvent voler. Très lentement et en silence, je me suis approché. Un jeune émancipé au plumage gris s’est soulevé comme une plume et s’est envolé cahin-caha jusqu’à 8 m de hauteur dans un arbre de seconde venue; une fois rendu là, il était presque invisible contre l’écorce.

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Une semaine plus tard, je cherchais un endroit pour cueillir d’autres airelles myrtilles et j’ai décidé de visiter le site du nid de solitaires. Comme d’habitude, Peggy m’a accompagné. Je me suis arrêté à l’emplacement du nid et j’ai fait remarquer qu’il n’y avait pas beaucoup d’oiseaux dans les parages. Nous sommes restés assis sans parler pendant quelques minutes, le moteur du camion éteint. De nulle part, un duo de solitaires est apparu sur une tranchée rocheuse, à moins de 50 m de l’ancien nid. L’un des oiseaux avait une racine dans le bec et inspectait les crevasses le long de la rive, là où les racines et la roche sous-jacente se rencontrent. Nous l’avons observé pendant 10 minutes. Les deux oiseaux ont fini par regagner les broussailles de seconde venue.

Bien que j’y sois retourné quatre fois à deux jours d’intervalle, je n’ai pas vu d’autres activités de nidification. J’ai pu entendre les adultes et les jeunes émancipés appeler depuis différentes parties de la zone de coupe à blanc, ainsi que des Becs-croisés des sapins et des Jaseurs d’Amérique.

Nous nous sommes rendus au même endroit en mars 2021. Une caravane à sellette était garée là lors de nos deux visites. Il s’agit d’une interférence humaine suffisante pour que les oiseaux ne se reproduisent plus ici.

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