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Par Jody Allair, directeur – Science citoyenne et Engagement communautaire, Oiseaux Canada
Dans les années 1990, mes premières années d’observation des oiseaux, à Peterborough, en Ontario, j’étais toujours attiré par l’automne. Je trouvais du bonheur à ressentir la fraîcheur des soirées, les magnifiques couleurs des arbres et la splendeur des lacs couverts d’oiseaux aquatiques. Et, à mesure que progressait ma connaissance de l’avifaune, j’ai commencé à constater que l’automne est un des temps les plus propices de l’année pour l’observation des oiseaux. Il me semblait voir des rapaces, les premiers Fringillidés d’hiver et des tonnes de parulines, de grives et de bruants partout où régnait la nature. C’était particulièrement le cas aux points chauds des parcours migratoires, tels que le parc provincial Presqu’ile, sur la rive du lac Ontario, et la pointe Long, sur la rive du lac Érié. En fait, mon bénévolat à l’Observatoire d’oiseaux de Long Point pendant les migrations d’automne à l’adolescence a été le fondement de ma carrière d’ornithologue et de ma passion pour la faune aviaire. Voir des douzaines de Parulines noir et blanc, à gorge orangée, jaune et à flancs marron était un véritable festin pour les yeux. Et réaliser que chaque matin m’apporterait de nouvelles surprises à plumes est une sensation qui continue de me stimuler encore aujourd’hui.
Paruline flamboyante Photo : Jim McCabe
Une autre caractéristique de ces jours d’automne était la rareté des observateurs d’oiseaux, et ce même aux endroits les plus intéressants pour l’observation des migrateurs. Certes, il y avait plusieurs inconditionnels, mais c’était bien peu en comparaison des hordes d’observateurs rencontrés aux mêmes endroits au début de mai. Pourquoi donc?

Est-ce simplement que les gens ne se rendent pas compte de ce qu’ils manquent? J’ose affirmer que certains des spectacles les plus extraordinaires qu’offrent les migrations au Canada ont lieu en automne. Voici ma courte liste des points chauds : la migration des oiseaux de rivage dans la baie de Fundy, les formidables happenings offerts par les oiseaux marins au large de Terre-Neuve et de l’île de Vancouver, les immenses concentrations d’oies, de bernaches et de grues en Saskatchewan, la migration des rapaces au-dessus de l’escarpement Hawk, en Ontario, ainsi que les déferlements massifs de passereaux à des endroits comme la pointe Pelée, en Ontario, et Tadoussac, au Québec, pour n’en mentionner que quelques-uns.

Paruline à flancs marron Photo : James Lees
Ou serait-ce que les gens considèrent l’identification des oiseaux en automne comme un défi insurmontable? J’entends cela de temps à autre, en particulier en ce qui concerne l’identification des parulines. Je me suis souvent demandé si cette crainte ne venait pas de ce que Tory Peterson appelle dans ses guides les « parulines d’automne déroutantes »? Selon moi, employer le terme « déroutant » pour qualifier un groupe d’oiseaux érige dès le départ une barrière qui peut empêcher certains de se lancer. Un avantage bien connu du printemps est bien sûr que les oiseaux chantent à plein syrinx et arborent leurs plus belles livrées, ce qui les rend plus faciles à identifier. C’est peut-être vrai dans bien des cas, mais beaucoup d’espèces sont tout aussi belles l’automne venu, la Paruline à flancs marron par exemple. Pour ma part, je qualifierais l’identification en automne de « délicate mais possible ». La majorité des espèces sont reconnaissables avec un peu d’expérience et de patience.

Si vous n’avez encore jamais tenté l’aventure, voici certains points à considérer. Premièrement, en automne, vous avez plus de temps pour profiter de la migration, qui se déroule sur une plus longue période qu’au printemps. Au printemps, les oiseaux se ruent vers leurs lieux de reproduction tandis qu’en automne, ils prennent le temps de faire leurs réserves d’énergie avant de gagner le Mexique, l’Amérique centrale et même la pointe de l’Amérique du Sud.

Sans compter qu’il y a plus d’oiseaux à voir en automne qu’au printemps. En effet, en plus des adultes, on peut observer tous les jeunes devenus aptes au vol qui entreprendront leur première migration.

Paruline de ruisseaux Photo : Jim McCabe
Et, ce qui est encore mieux, c’est qu’on peut trouver des oiseaux en migration à peu près n’importe où. Beaucoup de mes rencontres dont j’ai le meilleur souvenir ont eu lieu dans ma cour ou mon parc de quartier favori. Ainsi, récemment, j’ai été réveillé par une Paruline des ruisseaux qui vocalisait juste à côté de ma fenêtre. Je me suis vite levé et me suis habillé en hâte, j’ai mis mes sandales, attrapé mes jumelles et me suis précipité dehors. Je suis pas mal certain que je n’étais pas encore tout à fait éveillé, mais cela ne me dérangeait pas du tout, car je savais très bien qu’on peut voir des Parulines des ruisseaux seulement dans les prairies de l’Alberta pendant quelques jours au printemps et à l’automne et que ce serait là ma seule chance de voir un de ces petits joyaux à plumes pleins de charme mais sous-estimés. À mon grand étonnement, j’ai découvert que ma cour et les espaces verts avoisinants grouillaient de migrateurs qui venaient d’y faire halte! Il y avait des Parulines obscures et jaunes partout, et une Paruline du Canada a surgi juste devant moi, une première pour mon patelin! Par ailleurs, les conditions météo et l’endroit n’avaient rien de spécial, et c’est ce qui fait la beauté de l’observation des oiseaux en automne.
Pendant que nous cherchons encore à nous sortir de cette pandémie, les oiseaux sont là pour nous. Pour nous tous. Alors allez dehors – avec prudence, en respectant les consignes des autorités sanitaires – et profitez d’un des plus beaux temps de l’année. Ce ne sera pas long que vous verrez l’automne d’un autre oeil.
Jody Allair Photo : Phoebe Allair
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