5 minutes de lecture. | Link to English blog.
Par Pete Davidson, vice président – Science, Oiseaux Canada, et membre du Sous-comité de spécialistes des oiseaux du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC); Louise Blight, Ph. D., professeure agrégée adjointe, École d’études environnementales, Université de Victoria, et co-présidente du Sous-comité de spécialistes des oiseaux du COSEPAC; et Andrew Horn, Ph. D., Université Dalhousie, et co-président du Sous-comité de spécialistes des oiseaux du COSEPAC
Cinq espèces d’oiseaux très appréciées, dont le Harfang des neiges et le Goglu des prés, ont vu leur situation de conservation changer l’année dernière. Voici ce que les changements signifient, pourquoi ils ont lieu et comment agir pour changer les choses.
À propos des évaluations des risques
Évaluer quelles espèces sont menacées d’extinction est un indicateur important de la santé de la nature et un outil essentiel pour déclencher des mesures de conservation et susciter des changements dans les politiques. Au Canada, la Loi sur les espèces en péril (LEP) dresse la liste des espèces en péril et établit des mesures pour leur rétablissement en se fondant sur des évaluations semestrielles réalisées par un organe scientifique indépendant, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). À l’échelle mondiale, le risque d’extinction de toutes les espèces d’oiseaux est évalué chaque année par BirdLife International, l’autorité officielle en ce qui concerne les oiseaux, au titre de la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Les processus d’évaluation de l’UICN et du COSEPAC sont très similaires, mais les catégories de risque qu’ils comportent sont nommées différemment. Ainsi, les catégories «préoccupante», «menacée» et «en voie de disparition» du COSEPAC correspondent très étroitement aux catégories «quasi menacée», «vulnérable» et «en danger» de l’UICN respectivement. Le COSEPAC évalue la situation des espèces uniquement au Canada, ce qui entraîne souvent des disparités lorsque le pays ne représente qu’une partie de l’aire de répartition mondiale d’une espèce. Le personnel d’Oiseaux Canada transmet les résultats des suivis effectués au Canada à l’UICN par l’intermédiaire des forums mondiaux sur les oiseaux en péril (page en anglais) de BirdLife International et d’autres canaux.
En ce qui concerne les oiseaux en particulier, le bénévolat joue un rôle crucial dans ce processus. Les bénévoles qui recueillent des données de surveillance à long terme, comme ceux d’entre vous qui participent à des programmes d’Oiseaux Canada, génèrent une grande partie des informations utilisées dans l’évaluation des risques. Vous avez apporté votre contribution à cet égard si vous avez participé à un ou plusieurs de nos programmes nationaux ou régionaux suivants, et nous vous en remercions sincèrement : Relevé des oiseaux nicheurs (BBS), Recensement des oiseaux de Noël (RON), atlas des oiseaux nicheurs, Programme de surveillance des marais, Relevé des oiseaux aquatiques des côtes de la Colombie-Britannique, Programme de surveillance des oiseaux de montagne, Réseau canadien de surveillance des migrations.
Mise à jour par le COSEPAC
Harfang des neiges Bubo scandiacus
En 2025, le COSEPAC a évalué la situation d’une espèce d’oiseau, ainsi que celle de 48 autres espèces, notamment des mammifères, des poissons, des arthropodes, des plantes et des mousses. Cet oiseau emblématique et culturellement important de l’Arctique est pour la première fois classé «menacé» à l’échelle nationale, principalement selon les données du Recensement des oiseaux de Noël (RON) récoltées dans la partie sud de son aire de répartition en Amérique du Nord, qui montrent un déclin de 42,6% des effectifs au cours des trois dernières générations (24 ans). Le déclin indiqué par les données du RON correspond à une estimation mondiale récemment publiée (page en anglais), basée sur le nombre de nids recensés sur des sites d’étude à long terme (1988-2020) dans les zones de reproduction du Harfang des neiges en Russie, au Groenland, en Alaska et au Canada (Nunavut); ces données couvrant l’ensemble de l’aire de répartition montrent un déclin supérieur à 30%, seuil à partir duquel une espèce est considérée «menacée».
L’espèce continue donc d’être classée «vulnérable» par l’UICN et a été récemment déclarée «éteinte» en tant qu’oiseau nicheur en Suède. Les connaissances autochtones de deux régions du nord du Canada (l’île de Baffin et la côte du Yukon) indiquent également que le Harfang des neiges est moins fréquent qu’auparavant, probablement en raison du réchauffement climatique. Au Canada, l’espèce est également menacée par la grippe aviaire, hautement pathogène, l’empoisonnement par des rodenticides anticoagulants, les collisions et l’électrocution.
Mises à jour de la Liste rouge de l’UICN
L’UICN a modifié le statut des quatre espèces suivantes, présentes au Canada, cette année.
Tétras des armoises Centrocercus urophasianus
Cet habitant spectaculaire mais souvent discret des Grandes Plaines et du Grand Bassin est désormais classé «vulnérable» à l’échelle mondiale, en raison d’un déclin rapide et continu depuis longtemps de sa population et d’une contraction de son aire de répartition, son habitat de buissons d’armoise étant perdu et dégradé. Les principaux facteurs responsables sont l’agriculture et le développement, mais la fréquence et l’intensité croissantes des incendies y contribuent également, facilitant l’envahissement par des conifères et des graminées. Au Canada, l’espèce est classée «en voie de disparition», mais les nouvelles désignations de zones clés pour la biodiversité (page en anglais) et les efforts de rétablissement à long terme autorisent un optimisme prudent.

Photo : Sean Jenniskens
Goglu des prés Dolichonyx oryzivorus
Cet oiseau des prairies migrateur au long cours est désormais classé «quasi menacé» par l’UICN, car on estime que sa population a diminué de 22 à 28% au cours de la dernière décennie, d’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) et les Statuts et tendances eBird. Ce déclin est probablement dû à des changements dans l’utilisation des terres sur l’ensemble de son aire de répartition, ainsi qu’à d’autres menaces plus localisées. Au Canada, le Goglu des prés est actuellement classé «menacé» par le COSEPAC, mais a été désigné «espèce préoccupante» en 2022, si bien que son déclassement en vertu de la LEP est à l’étude.

Photo : Jack Belleghem
Moucherolle à côtés olive Contopus cooperi
L’ambassadeur aviaire d’Oiseaux Canada en 2024 a été reclassé de «quasi menacé» à la catégorie «préoccupation mineure» à l’échelle mondiale. Cela semble être une bonne nouvelle, mais la situation de l’espèce ne s’améliore pas véritablement; elle continue de décliner, mais à un rythme qui n’atteint pas le seuil de la catégorie Vulnérable. Pour la même raison, cette espèce a récemment été reclassée de «menacée» à «préoccupante» au Canada.

Photo : Ian Burgess
Quiscale de Brewer Euphagus cyanocephalus
Les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) et les Statuts et tendances eBird montrent un déclin des effectifs estimé entre 12 et 24% au cours des dix dernières années, en continuité avec le déclin à long terme révélé par le BBS, cette espèce ayant perdu environ les trois quarts de sa population depuis 1970. Ce taux de variation démographique sur dix ans est proche du seuil de la catégorie «vulnérable», et l’espèce est donc classée pour la première fois comme «quasi menacée» à l’échelle mondiale. Les menaces comprennent les tirs accidentels d’armes à feu et l’empoisonnement causé par des substances employées dans la lutte contre des ravageurs dans certaines régions.

Photo : Yousif Attia
Pour apporter votre aide et en savoir plus
Pour connaître la situation des oiseaux du Canada qui vous intéressent, notre rapport intitulé L’état des populations d’oiseaux du Canada regroupe en un seul endroit toutes les désignations des évaluations aux échelles nationale et mondiale. L’équipe d’Oiseaux Canada est reconnaissante envers tous ses bénévoles, ses sympathisants et ses partenaires de conservation qui travaillent à améliorer les chances de survie des espèces d’oiseaux au Canada. Pour savoir comment vous pouvez aider les oiseaux en péril et faire en sorte que nos espèces communes le demeurent, consultez notre guide pour la sauvegarde des oiseaux du Canada.