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Par Elly Knight, doctorante, Université de l’Alberta, et Stu Mackenzie, directeur – Écologie des migrations, Oiseaux Canada

Les Engoulevents d’Amérique constituent l’espèce d’oiseau migrateur la plus répandue dans l’hémisphère occidental: leur aire de reproduction s’étend d’un océan à l’autre et du Yukon jusqu’au Panama. Or, étonnamment, nous connaissons très peu de choses sur ces oiseaux, en particulier sur ce qu’ils deviennent après avoir quitté leurs lieux de nidification.

Où vont tous les Engoulevents d’Amérique? C’est une question à deux volets: premièrement, où vont-ils quand ils ne sont pas en train de nicher? et, deuxièmement, pourquoi disparaissent-ils? (comme dans «Où sont-ils passés?») Les effectifs de l’espèce connaissent un déclin généralisé dans toute l’aide de répartition. Selon des estimations, ils auraient diminué de plus de 50% au cours des 40 dernières années. Les engoulevents sont des insectivores aériens (des oiseaux qui capturent des insectes en vol), et ils se raréfient plus vite que tout autre groupe d’oiseaux au Canada.

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Engoulevents d’Amérique Photos: Steven Van Wilgenburg

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Notre article paru récemment dans la revue Ecography (en anglais) fournit des réponses à cette question à deux volets. Diverses organisations d’Amérique du Nord, dont Oiseaux Canada, ont déployé de nouveaux émetteurs GPS satellitaires sur des Engoulevents d’Amérique à 13 endroits dans toute l’aire de nidification afin de savoir où ces oiseaux passent leur temps tout au long de l’année. L’étude a été lancé par le Migratory Connectivity Project au Smithsonian Migratory Bird Center et dirigé conjointement avec Environnement et Changement climatique Canada et l’Université de l’Alberta.

Rechercheur tient un Engoulvent d'Amérique qui porte un émetteur GPS satellitaire
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Photo: Stu Mackenzie

Rechercheur sur le terrain qui tient un Engoulevent d'Amérique
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Photo: Emily Upham-Mills

Alors, où vont tous les engoulevents? Eh bien, il s’avère que la destination finale en automne des membres de toutes les populations que nous avons suivies sont les biomes de l’Amazone et du Cerrado en Amérique du Sud, surtout au Brésil. Ce n’était pas tout à fait une surprise, car il s’agit de la même zone d’hivernage que celle indiquée dans un compte rendu d’une étude préliminaire que nous avons publié en 2018 (en anglais) qui portait sur seulement une population nichant dans le nord de l’Alberta. Ce qui est surprenant, c’est le parcours migratoire des engoulevents. Tous les individus que nous avons pistés sur l’ensemble du continent nord-américain empruntaient la Voie migratoire du Mississippi, dans le Midwest, avant de survoler le golfe du Mexique jusqu’en Amérique du Sud le long d’un couloir unique. En fait, les indications favorisant l’hypothèse d’une seule voie de migration étaient tout à fait probantes; prenons comme exemple le cas d’un individu provenant de l’île Sydney, au large de la Colombie-Britannique, qui a parcouru 3000 kilomètres franc est au-dessus des Rocheuses pour rejoindre le couloir de migration vers le sud emprunté par ses congénères. Au printemps, les engoulevents suivaient un cap plus direct en direction nord vers leurs territoires de nidification.

Carte montrant les routes migratoires printanières et automnales des différentes populations
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Source: Elly Knight

Bien que l’information sur les déplacements de ces oiseaux soit fascinante, on peut arguer que le deuxième volet de la question est le plus important: pourquoi les engoulevents disparaissent-ils? Qu’arrive-t-il aux populations de l’Engoulevent d’Amérique? Nous ne pouvons pas encore répondre complètement à cette question, mais les résultats de notre étude commencent à cerner la réponse.

En ce qui touche la conservation des oiseaux migrateurs, un premier pas important consiste à établir la connectivité migratoire, à savoir le lien géographique entre des individus ou des populations à divers stades de leur cycle annuel. En fait, c’est un préalable crucial à la conservation des espèces migratrices, car cela nous permet de commencer à déterminer les endroits et les moments durant l’année où il est probable que les dangers planent. Nous avons utilisé les données de suivi des Engoulevents d’Amérique pour élaborer une approche globale novatrice à l’étude des aspects spatiaux et temporels de la connectivité migratoire.

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Nous avons observé une augmentation de la connectivité migratoire (c.-à-d. que les membres d’une même population demeurent ensemble tout au long de l’année) pendant la saison de nidification, la migration au-dessus de l’Amérique du Nord et la migration printanière au-dessus du golfe du Mexique. Nous avons constaté une connectivité migratoire plus faible à d’autres moments de l’année (c.-à-d. que les membres de différentes populations nicheuses se mélangent). Ces différences peuvent nous aider à comprendre pourquoi différentes populations d’engoulevents présentent différentes tendances. La prochaine étape consistera à examiner les variations régionales des baisses d’effectifs et à mieux déterminer les déplacements à l’échelle régionale.

Vous trouverez d’autres renseignements intéressants sur les déplacements à l’échelle régionale des Engoulevents d’Amérique sur le site Web du Système de surveillance faunique Motus: Motus.org. Et surveillez la parution du prochain épisode de notre passionnante recherche sur les engoulevents!

Carte montrant les sites d'hivernage des différents populations, en Amérique du Sud
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Sites d’hivernage des différentes populations Source: Elly Knight

D’ici là, il ne manque pas d’occasions de venir en aide aux engoulevents maintenant! La Feuille de route pour la préservation des insectivores aériens publiée récemment par Oiseaux Canada présente une série de mesures «sans regret» que nous pouvons prendre maintenant et qui sont susceptibles de produire des retombées positives pour la biodiversité, entre autres pour l’Engoulevent d’Amérique. Oiseaux Canada travaille de concert avec des spécialistes partout au pays en vue de mettre en oeuvre cette feuille de route. Vous pouvez contribuer à la conservation de l’Engoulevent d’Amérique en prenant charge d’un parcours de relevé dans le cadre de l’Inventaire canadien des engoulevents. Il est particulièrement important de patrouiller les lieux de nidification de l’Engoulevent d’Amérique en juin et en juillet, car l’information sur la connectivité migratoire indique que c’est durant cette période que pourraient peser les menaces sur les populations. Plus nous aurons de données provenant des lieux de nidification, plus nous pourrons évaluer et connaître les dangers qui guettent cette espèce énigmatique.

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