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par Dr. Rémi Torrenta, biologiste et coordonnateur des programmes en Colombie-Britannique, Oiseaux Canada

Si vous aimez marcher dans les forêts de feuillus et mixtes de l’Est de l’Amérique du Nord (et vous faire dévorer par les insectes piqueurs), vous avez probablement entendu le chant flûté de la Grive des bois résonner au fond des bois – sans doute un des plus beaux chants d’oiseaux! Cette espèce devient cependant de plus en plus rare, avec ses effectifs de populations montrant un déclin global de 50% en 50 ans. La perte et la fragmentation du couvert forestier, à la fois sur les aires de reproduction et d’hivernage, sont les principales responsables de ce déclin.

Dans cette étude, notre équipe de recherche s’est intéressée (1) aux changements de répartition et d’abondance de l’espèce et (2) aux facteurs qui pourraient expliquer ces changements. Pour mener ces recherches, nous avons analysé plusieurs jeux de données à large échelle au Canada – incluant des données récoltées par les bénévoles des différents Atlas des oiseaux nicheurs ou du Programme de surveillance des oiseaux forestiers –, mais aussi des données d’inventaire et le prélèvement d’échantillons (plumes, sang) dans des fragments forestiers de l’Est de l’Ontario.

Grive des bois Photo: Annick Antaya

En se concentrant principalement sur les populations nicheuses de l’Ontario et du Québec, nous avons trouvé d’importantes différences entre les populations des Basses-Terres du Saint-Laurent, situées plus proches du cœur de la répartition de l’espèce au Canada, et les populations du Bouclier Canadien, situées plus en périphérie de l’aire de répartition. La population du cœur semblait étonnamment stable malgré les taux de perte et fragmentation du couvert forestier élevés. En périphérie, les populations pourraient être plus à risque d’extinction locale, et ceci à cause de la combinaison de multiples facteurs: plus faibles qualité de l’habitat et disponibilité des proies dans la litière, mais aussi moins de nouveaux oiseaux venus d’ailleurs et venant renforcer la population (c’est-à-dire immigration plus faible).

Dans les Basses-Terres, les tendances de populations indiquaient un déclin similaire à celui observé en périphérie, ce qui suggère un rôle important joué par les facteurs en dehors de la saison de reproduction. Cependant, malgré ces déclins au niveau de l’abondance, la répartition de l’espèce en termes de présence/absence dans les forêts du cœur de l’aire au Canada n’a pas beaucoup changé sur les 2-3 décennies analysées. Comment est-ce possible, étant donné que ces oiseaux subissent les effets négatifs de la perte et fragmentation du couvert forestier sur ces aires de reproduction, ainsi que la déforestation sur les aires d’hivernage?

 

Nid de Grive des bois Photo : Rémi Torrenta

Eh bien, la première chose importante à mentionner est que ces fragments forestiers ont un sous-bois et une strate de gaulis denses qui ont été favorables à la Grive des bois, en particulier dû à la régénération qui a suivi la tempête de verglas de 1998 dans la région. Un autre facteur que nous avons trouvé est l’immigration de jeunes oiseaux provenant de forêts plus vastes (par dispersion natale), ce qui viendrait compenser le faible nombre de jeunes produits dans ces fragments, et ainsi «réapprovisionner» cette population fragile.

Ces découvertes s’ajoutent aux preuves déjà accumulées selon lesquelles il est important, pour les passereaux forestiers comme la Grive des bois, de maintenir la connectivité entre populations et de protéger des parcelles forestières aussi grandes que possible. Pour lire l’article scientifique au complet, vous pouvez vous rendre sur cette page en ligne ici (gratuite et en anglais).

Ces recherches ont été menées grâce à la collaboration entre des chercheurs de l’Université de Moncton, Oiseaux Canada, University of Western Ontario et l’Université du Québec à Rimouski. Elles ont été financées par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Oiseaux Canada, le Service Canadien de la Faune et les Bourses France-Acadie.

Nid de Grive des bois avec un œuf visible dans le miroir Photo : Rémi Torrenta
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