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Par Harrison Spilar, Technicien de terrain et de sensibilisation – Programmes pour le Pluvier siffleur et les zones urbaines de l’Ontario

Vous pensez avoir beaucoup voyagé? Nous sommes prêts à parier que le Bécasseau maubèche vous dame le pion!

Le Bécasseau maubèche est un oiseau de rivage de moyenne taille qui se reproduit dans la toundra du Haut-Arctique et qui passe l’hiver dans la Terre de Feu, à l’extrême sud du continent sud-américain.

On trouve trois sous-espèces du Bécasseau maubèche au Canada. Après avoir évalué leur situation en 2020, le COSEPAC les a inscrites sur la liste des espèces en péril, chacune dans une catégorie distincte:

  • la sous-espèce rufa, en voie de disparition;
  • la sous-espèce roselaari, menacée; et
  • la sous-espèce islandica, préoccupante.

Toutes les populations de l’espèce ont connu de fortes baisses, mais celle de la sous-espèce rufa a été particulièrement touchée: dans certains cas, elle a chuté de plus de 80% depuis les années 1980.

Bécasseaux maubèches. Photo: Amie MacDonald.

Le plus récent épisode du balado The Warblers rend hommage à ce grand voyageur en examinant de plus près la situation de la sous-espèce rufa. Dans cet épisode, Amie MacDonald, coordonnatrice du réseau Motus pour Oiseaux Canada et écologiste spécialisée dans les oiseaux de rivage dans l’Ouest canadien, nous raconte que différents facteurs contribuent au déclin des populations.

Voici un extrait de ce qu’Amie nous confie: «Les Bécasseaux maubèches sont fascinants parce qu’ils parcourent des distances incroyables. Ils dépendent d’habitats et de milieux qui sont extrêmement éloignés les uns des autres. Ils volent sans arrêt pendant des jours sur de très grandes distances, ce qui leur fait dépenser énormément d’énergie. Puis ils font une escale de quelques semaines pour refaire le plein d’énergie pour reprendre ensuite un autre long vol.» 

Cela signifie qu’ils dépendent d’une variété d’écosystèmes différents à travers le monde. Ces différentes régions subissent toutes les effets négatifs des changements climatiques, tels que la hausse des températures, qui perturbe le calendrier d’émergence des insectes dont se nourrissent les bécasseaux dans leurs lieux de reproduction. Les Bécasseaux maubèches sont également menacés par des événements climatiques extrêmes, la perte d’habitat due à l’aménagement des côtes et l’élévation du niveau de la mer.

Quand Amie dit que les Bécasseaux maubèches parcourent de grandes distances, elle ne blague pas.

Les membres de la sous-espèce rufa hivernent dans trois régions distinctes:

  • en Floride et dans les Caraïbes,
  • dans le centre-nord du Brésil, et
  • dans le sud du continent sud-américain.
Amie MacDonald. Photo: Karl Bardon

Certains individus poussent même jusqu’à la pointe sud de l’Argentine, ce qui représente un voyage de 15 000 kilomètres, soit environ 30 000 kilomètres aller-retour chaque année.

Ainsi, un individu a été surnommé «l’oiseau lunaire»: pendant ses 19 années de vie, il a parcouru environ 570 000 kilomètres, soit presque le double de la distance qui sépare la Terre de la Lune!

Les Bécasseaux maubèches programment soigneusement leurs migrations pour pouvoir se nourrir aux escales de leurs longs périples, ce qui fait survenir une autre menace: la baisse de la population de limules.

Chaque année, les Bécasseaux maubèches s’arrêtent dans la baie du Delaware, sur la côte est des États-Unis, pour se nourrir des limules qui frayent sur le rivage. Selon l’Atlantic States Marine Fisheries Commission, les limules constituent la toile de fond de l’une des questions les plus intéressantes en matière de gestion des ressources marines le long de la côte atlantique. Outre leur rôle de source de nourriture pour les oiseaux, les limules servent d’appât pour les pêcheries commerciales d’anguilles d’Amérique et de conques le long de la côte. De plus, leur sang unique est utilisé par l’industrie biomédicale pour produire du lysat d’amoebocytes de limule (LAL). Les œufs de limules étant utilisés dans diverses industries, ils sont très recherchés et, souvent, les humains mettent la main sur les limules avant les Bécasseaux maubèches.

Avec les changements climatiques, la surexploitation de leurs sources de nourriture et leurs migrations annuelles intensives de 30 000 km, les Bécasseaux maubèches sont confrontés à des défis à chaque étape de leurs voyages. Si vous en voyez un sur votre plage préférée au Canada, n’oubliez pas que cet oiseau est de passage et qu’il lui reste des milliers de kilomètres à parcourir.

Amie suggère que nous donnions de l’espace à tous les oiseaux de rivage, même ceux qui ne sont pas en train de se reproduire, pour leur permettre de faire le plein de l’énergie dont ils ont besoin pour poursuivre leurs voyages.

Pour obtenir plus d’information sur ces voyageurs téméraires, écoutez le dernier épisode du balado The Warblers (en anglais).

 

Amie MacDonald avec des Bécasseaux maubèches. Photo: Karl Bardon
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